LIVRE II, CHAPITRE V
c'était Jacques II qui régnait , et les Anglais le chassèrent. Avant son avènement , Jacques s'était rendu odieux comme catholique exagéré. Une fois roi , il s'abandonna aux jésuites , rétablit le papisme , envoya un ministre à Rome et s'attira la haine de la nation par sa résistance maladroite aux vœux des universités et du clergé anglican. Le prince était haï. Guillaume d'Orange , cédant aux instances des barons , vin! prendre à main armée le sceptre de son beaupère. Une fois Jacques tenta de recouvrer la couronne , mais il était faible et incapable de persévérance. Il se retira à Saint-Germain , vécut des aumômes de Louis XIV et mourut en humble pénitent. — Depuis lors , l'Irlande seule demeura en grande partie catholique. Elle avait déjà ses associations.
[1689.] ^ n vieillard décrépit se montra de nouveau sur le trône qu'Innocent XI quittait , et l'occupa sous le nom de Alexandre VIII. On avait spéculé sur ses vieux ans ; il signa complaisa/nment la condamnation des propositions gallicanes et mourut après quelques mois. Sa bulle fut méprisée. — C'est lui qui se pressait tant d'enrichir ses neveux , et qui disait , en par" lant de sa vie : « Il est vingt-trois heures et demie , dépêchons-nous ! » Il eût mieux valu pour
l'Église qu'elle fut sa nièce que sa fille , dit Pasquin K
[1691 .] Le siècle finit par un pontife vertueux et pacifique , qui sentit .que ce qui est faible se soutient mieux par des concessions que par des brusqueries d'orgueil. Innocent XII se réconcilia sagement avec le clergé de France , et eut le bon esprit de subordonner ses actes à la puissance de l'opinion. Pour complaire au vœu général , il décréta l'abolition du népotisme , et remplaça ce fatal abus par l'amour des pauvres. Tous les cardinaux jurèrent d'observer la bulle ; mais quelle ville au monde a vu plus de vains serments que la capitale chrétienne? — Innocent protégea les arts et le commerce, et les Romains l'aimèrent. Révérons-le comme l'un des meilleurs papes.
Le dix-septième siècle est terminé. Louis XIV lui a donné son nom , parce que son règne fut le témoin d'un grand développement dans l'esprit humain. Sous lui la tendance philosophique fut encore gênée ; le despotisme absolu en comprima l'élan. Depuis long-temps ce n'était plus l'élément théocratique qui contrariait le mouvement intelligent y mais bien le tumulte guer-
1 VoirHénault, Histoire de France.