LIVRE II , CHAPITRE VI
gne pour combattre un prince qui n'a point d'armées. Avignon , le Venaissin , Bénévent sont bientôt occupés ; la Romagne est menacée. Le saint-père n'a qu'un moyen de salut ; son orgueil fléchit , il veut céder ; le poison le tue.
Les jésuites furent accusés jlu meurtre du pontife , parce que l'un des articles de là satisfaction demandée était l'abolition de leur ordre. Clément cependant les avait protégés; il les avait défendus avec zèle contre les cours d'Europe. Ces hommes perfides , après avoir abusé de son ignorance et de sa faiblesse , l'auraientils donc froidement immolé: Ecartons l'idée d'un tel crime.
[1769.] Un des prélats les plus éclairés de son temps , Ganganelli , Clément XIV, apparut sur la chaire de saint Pierre après l'infortuné Clément XIII. Elu malgré les efforts de la faction jésuitique , qui portait un autre candidat , il étaft philosophe , affable et d'un esprit éminemment conciliateur. Il répara les maladresses de son prédécesseur , et effaça par des négociations douces le souvenir de la querelle de Parme.
Cependant de toutes parts on accusait les jésuites de forfaits et d'assassinats. Un arrêt du parlement de Paris, énumérant leurs fautes par les châtiments , leur reprochait de s'être
fait chasser de Venise [ 1606]; de Bohême[i6 18] ; de Malte [i643] ; de Russie [1723]; du Portugal [ 1 7 59] , etc. , etc. Un autre les représentait [ parlement de Bretagne] comme tendant à détruire les préceptes de la loi naturelle , la foi des contrats , lç respect des lois civiles et tous les lieris de société , à anéantir l'autorité' royale, bouleverser les États et prêcher le régicide. On disait qu'ils avaient corrompu la jeunesse , fait des fanatiques de leurs élèves et des despotes des souverains qu'ils avaient conseillés. Les peuples , les rois eux-mêmes demandaient à grands cris la destruction de leurs milices. Clément était trop sage pour résister au torrent. Il assembla ses docteurs et ses cardinaux , et , fort de leur approbation , il décréta courageusement ce bref d'expulsion qui fut pour lui un arrêt de mort. La compagnie fut supprimée ; son général Ricci 1 fut chargé de chaînes et Clément périt après huit mois dé langueur. Le digne pontife s'était écrié, en apposant son seing
1 C'est ce Ricci général qui écrivit à Louis XV lorsque ce prince se vit contraint de songer a l'expulsion des jésuites : Sint ut sunt vel non sint. Une tentative d'assassinat , peut-être aussi la banqueroute scandaleuse du pbre La Valette, furent en partie la cause de leur renvoi.