‹ Rome et ses papesChapitre 182 sur 197 · LIVRE II , CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE II , CHAPITRE VII

Et cependant cette République sanglante avait des armées pleines d'enthousiasme et d'orgueil , toujours fidèles et invincibles... Les rois tremblèrent , eux qui avaient voulu la détruire , et la France , triomphante au dehors , façonna librement des républiques à son image. La Cisalpine, dans cette circonstance , adopta en partie la constitution ecclésiastique française , et Pie VI, qui avait par son opiniâtreté séparé l'Eglise gallicane de la communion romaine , ouvrit les , yeux , sentit qu'il y aurait plus de prudence à sacrifier ce qu'il disait ses droits , qu'à se donner pour voisin un peuple de schismatiques , et ra- 1 tifia l'organisation du nouvel État. Il continua néanmoins de refuser son adhésion à celle du clergé de France. Sans doute il voulait qu'on le suppliât , mais la République , que cette affaire occupait fort peu , ne paraissait point disposée à demander des grâces. Elle l'oublia.

Déjà l'hômme extraordinaire se révélait au monde et remuait un fer victorieux dans les entrailles de la malheureuse Italie : presqu'entière elle était conquise [1797]. Par le traité de Tolentino , le pape avait renoncé à toutes prétentions sur Avignon et le Venaissin , abandonné Ferrare , Bologne et la Romagne. Rome seule , retrouvant une fois l'énergie des massacres ,

avait égorge* ses vainqueurs. Un matin cependant , la Republique remplaça le saint-père. Un général français 1 nomma des consuls, des tribuns populaires , et , au milieu de l'allégresse publique , organisa ton simulacre de république romaine. Pie VI , alors chassé de son palais , se réfugia en Toscane. Mais l'infortune Vf poursuivit. Àccuséd'avoir favorisé les alliés , traîné de ville en ville , il alla mourir en captif sur une terre étrangère , vénérable par ses malheurs , noble par sa résignation. Honte à ses geôliers. Si le pontife fut coupable , la France fut cruelle. Les Barbares du nord, aux jours de leurs conquêtes, avaient pitié de la faiblesse des papes ; ils les laissaient vivre , régner et mourir en paix [1799].

En ce temps-là , l'Europe républicaine avait un aspect remarquable. Le système général était interverti , bouleversé ; en France , le culte demeurait suspendu sans effort ; sans préjudice immédiat. Une multitude de préjugés avait spontanément disparu. Tous les hommes sentaient , pensaient , raisonnaient ; l'action était simultanée , libre ; chacun parlait du bien public comme de sa propre chose et l'État était à tous. D'an-

1 Berthier. .

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