LIVRE II , CHAriTRE VII
Rome est déclarée ville impériale et libre. Sa dette , ses monuments passent à la charge de l'empire, Napolëon permet au saint-père d'y résider et le pensionne.
Dans cette pénible conjoncture , quelle ressource restait à Pie VII ? Ce n'était plus le pape luttant contre Astolphe. Charlemagne revivait , mais plus sévère et plus sage. Pie oublie qu'Etienne s'est humilié devant le fils de .repin; il oublie la vaine et récente tentative du malheureux Clément XIII. Sans aide , sans autre appui qu'un titre usé de père des fidèles , isolé dans le monde , il lance ses foudres contre l'homme puissant qu'il a sacré. « Que les sou- « verains apprennent , s'écrie-t-il , que par la « loi de Jésus-Christ ils sont soumis à notre « volonté... a moins qu'on ose prétendre que « l'esprit doit céder à la chair , et les choses « du ciel à celles de la terre. » Ainsi Pie gâta sa cause par un orgueil insensé. Bonaparte avait relevé le culte , aux yeux de ses peuples il pouvait le modifier ou l'abattre. Le pape avait assez de son infortune pour éveiller la commisération humaine ; les siècles du fanatisme et des croisades étaient loin ; et si quelque chose pouvait comprimer la violence de son terrible oppresseur , c'était la crainte de l'animadversion
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publique et non les cris vaniteux d'une victime. Mais que faisait à la grande nation belliqueuse le dépit d'un pontife qui n'était plus qu'un vaincu , et qui d'ailleurs comptait tant de compagnons et d'égaux en souffrance? Ellemême absorbée par l'illusion de la gloire , sous le charme d'un sot esprit qu'elle prenait pour du patriotisme , s'offrait aux fers de la servitude et vendait pour de vains lauriers les fruits d'une révolution dont encore elle épongeait le sang.
[1809.] Il fallait une fin. Une nuit , à la faveur de ténèbres profondes , un bataillon entoura le Mont Quirinal, et le tremblant Pie VII , arraché de sa couche et de son palais, fut traîné à travers l'Italie , les Alpes et la France, aux portes de cette capitale superbe où quelques années auparavant il avait apporté l'onction sainte. Dans ce pénible trajet , sa modération fut touchante. Gardé à vue , il s'étonnait et se plaignait sans fiel. Souvent il compatissait à la mission de l'officier qui l'accompagnait, puis, se montrant sensible à ses attentions bienfaisantes , il lui pardonnait avec douceur. Une fois seulement , à Gênes , il tenta de s'évader. Enfin une maison impériale, Fontainebleau, lui servit de .prison , et ce fut là que , réduit