‹ Rome et ses papesChapitre 187 sur 197 · LIVRE II , CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE II , CHAPITRE VII

à la simple liberté des prières , il intéressa ses persécuteurs par sa résignation vertueuse. Personnellement il était faible , affable et conciliant. Ses cardinaux l'aigrissaient et le rendaient tenace. De là les contradictions fréquentes qui signalèrent ce triste épisode de sa vie.

Cependant le catholicisme se maintenait, nonobstant la détention de son chef. A la vérité l'épiscopat était esclave. Auxiliaire du despotisme, n'étant plus qu'un accessoire sans puissance distincte et par conséquent sans danger , il courbait sa tête sous le joug commun. Lorsque le géant français , qui datait ses ordres de la demeure de Marie-Thérèse , imagina de répudier Sa légitime épouse , il trouva son clergé prompt à lui obéir , comme il trouvait ses soldats prêts à vaincre. Alors le guerrier devenu héros s'unit, par droit de conquête , à l'héritière des Césars. Un prince naquit et fut nommé roi de Rome [1810-11]. •

Peu à peu la captivité de Pie VII devint moins dure. On lui permit de discuter , et un sénatus-consulte lui imposa le serment de n'attaquer en rien les libertés gallicanes. On voulut le contraindre d'accorder l'institution canonique aux évêques choisis par l'État ; mais le saint-père s'y refusa. Alors un concile , assem-

blé dans Paris , déclare qu'après un délai de six mois le plus ancien prélat d'une province serait apte à passer outre à cette institution. Pie VII , dit-on , se décida à approuver la décision et enfin fut signé ce fameux concordat de réconciliation [i8i3] que le vieillard débile révoqua ensuite par l'influence de ses conseils.

Bientôt la résistance devint opportune. La tempête s'amassait , l'orage grondait au loin , et l'Europe entière , sonnant le tocsin d'alarme , se liguait pour reconquérir son repos. Négligé comme petite cause au milieu du danger général , le saint-père s'était vu libre et avait pu quitter sa prison. Il revint à Rome , mais un prince turbulent l'avait envahie. Murât, comme pour faire une tâche à sa gloire passée , avait tourné ses armes contre son bienfaiteur. Séduit par les promesses perfides des cabinets alliés , il refoulait les Français , subjuguait l'Italie; déjà même il s'en disait roi. Murât voulait un rôle dans ce grand drame. — On connaît son sort.

Le colosse s'abattit , et la commotion de sa chute culbuta les rois qu'il avait créés. Pie VII vit tomber ses ennemis; lui seul survécut à la tourmente. Un congrès de laïques à Vienne le réinvestit de son siège et de ses domaines. Puis , comme tant de dynasties passant d'un

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