LIVRE II , CHAFITRE VU. 38o
A la mort de Pie VII , deux factions , celle de son impérieux ministre Gonsalvi , dite le parti libéral , et celle de ses ennemis , appelés les Zélanti , divisèrent le sacré collège. Le conclave dura vingt-trois jours. Apres plusieurs opérations et beaucoup d'agitation , un membre , le cardinal Délia Genga , vieillard moribond , qui , dit-on, réparait depuis long-temps, par une piété austère , quelques écarts d'une jeunesse orageuse , obtint la majorité des suffrages , et fut proclamé sous le nom de Léon XII.
Léon arrivait à la chaire des apôtres dans des circonstances difficiles. L'empereur d'Autriche avait alors ses armées en Italie; ses aigles avaient traversé la cité chrétienne pour châtier quelques Napolitains sans courage. Le nouveau pape agit avec circonspection , pour faire cesser une invasion qui pouvait , d'un instant h l'autre , en cas de guerre européenne , se convertir en conquête, il poursuivit les carbonari , secte malheureuse et indestructible; sembla ainsi faire cause commune avec l'Empire , et peu à peu les troupes s'éloignèrent.
Sage et prudent en France , il s'y fit un grand nom ; car le bon plaisir de Rome n'est plus pour les Français une idée familière. Le gouvefnement , sans doute , a soumis sa conduite au
successeur de Boniface VIII et de Sixte-Quint ; mais qu'importe ? n'avait-il point agi avant de consulter. Le saint-siége a parlé pour la forme; il n'est plus qu'un vieillard impotent , et la déférence envers la vieillesse n'a jamais été humiliante. La cour de France a été généreuse ; elle a voulu prouver qu'un pontife pouvait encore être utile ; et en apprenant à bien des gens qu'il y avait à Rome autre chose qu'un roi , elle a' passagèrement rehaussé un diadème caduc dans l'opinion des peuples. En cette conjoncture 9 un fait a été pénible ; c'est la destruction de l'unité dans l'Eglise gallicane. Naguère nos évéques soutenaient souvent leur prince contre l'ultramontanisme , et nous avons vu , de nos jours , un pape appuyant presque ouvertement un roi de France contre des prélats français. Honneur à notre indulgent monarque ! Il n'a vu dans la résistance de ces derniers qu'un de ces minces obstacles que la force dédaigne. Ménageant les hommes qu'il pouvait punir, il a noblement confié le rôle des lois à l'opinion publique.
Léon XII avait un esprit excellent. S'il eût pu se rendre monarque absolu , il eût introduit dans les lois et dans la justice d'immenses améliorations. Sans cesse souffrant et malade , sa mauvaise santé neutralisa sa vigilance. Bon