‹ Rome et ses papesChapitre 19 sur 197 · LIVRE I , CHAPITE II · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPITE II

[800.] Léon s'agenouilla devant le conquérant , disent les chroniques , et l'adora. Le peuple s'humilia devant son image. Mais l'amitié d'un tel homme valait bien une bassesse. L'empereur ratifia derechef les actes de Pépin. Le saintsiège attachait un grand prix à cette homologation , car il craignait la revendication de la couronne d'Orient. Charles toutefois ne changea pas la nature du don. Il conféra un droit pré- ■ caire ; la suzeraineté demeura sienne , et Mézerai dit qu'il se réserva l'élection des papes et l'investiture des évêchés. Le fief actuel disposera bientôt des trônes.

Charlemagne est canonisé : pourquoi ? Estce parce qu'il tenta de déchirer le voile épais qui s'étendait sur le genre humain ? Est-ce parce que dans un temps où le chrétien ne savait pas épeler la prière du pécheur , dans un temps o l'épée était la loi commune , où son pommeau servait de seing , il voulut faire de bonnes lois , ranimer le dernier soupir des sciences et des arts , fonder des bibliothèques , des écoles , et attirer à sa cour les meilleures têtes du sol conquis ? Non sans doute. Est-*ce parce qu'il rendit ses peuples heureux et convertit en unité formidable l'hétérogénéité des masses qui couvraient la Gaule ; parce qu'il voulut séparer les céré-

monies chrétiennes , du paganisme ; le clergé , de l'esprit de lucre et d'ambition , et les monastères de la dissolution ? Non l . C'est au nom d'une église qu'il rendit puissante et libre , n'imaginant pas qu'un pasteur chrétien osât lutter un jour contre les armes de ses fils , que l'égoïsme papal le béatifia. Charles i avec des vertus qui nous manquent , avait aussi les vices de ' son siècle ; mais Rome ne vit que ses bienfaits. Quand Amalberge repoussa ses désirs impurs , Rome la canonisa , quoiqu'elle n'eût fait que son devoir. Impunément il défendit les iconoclastes contre Adrien lui-même , pendant que la célèbre Irène de Constantinople achetait , en les persécutant , la faveur d'une légende. Impunément encore , il égorgea les Saxons , frappa sa propre famille, et vécut modèle de luxure ^ et d'immoralité. Il avait protégé le saint-siége , présidé des conciles , élevé des papes au rang des princes laïques^ c'était assez pour Rome. Malheureusement son règne ne fut qu'un éoiair. En créant le gouvernement religieux , Charlemagne crut avoir mis le inonde en état d'en

i Charlemagne fit défense aux éyêques#avoir plusieurs épouses , d'enlever la femme des autres , et de fréquenter les tavernes. (Dulaure.)

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