LIVRE I , CHAPITRE II
comprimer l'excès. Après lui le chaos recommença. L'Eglise y retomba comme les peuples , mais pour en sortir plus vite , aidée par sa puissance morale et en outre par des règles que l'Europe n'avait point encore.
Alors , à Rome , l'amour du culte et de la liturgie passait pour l'amour des lettres. De toutes parts le système des fiefs commençait son développement. Poussée par les évêques et par les moines qui , sans scrupule , se faisaient sei- . gneurs , la féodalité s'étendait rapidement. La féodalité , c'était la puissance du sol sur l'homme. La terre possédait des droits qu'elle communiquait aux détenteurs investis. Sur cette terre un seul était libre , libre avec la force pour règle et le despotisme pour loisir : c'était l'investi. Il
dispensait à son gré la vie , la mort , la justice et le châtiment , levait des taxes , des amendes , confisquait selon son bon plaisir , et gouvernait , en un mot, par clft lois stables comme ses caprices. On dit que le régime féodal fut utile au monde ^on invoque son universalité comme une preuve de sa nécessité. Il est vrai qu'il circonscrivit le désordre et donna de l'unité aux villes. La vie vagabonde devint plus rare , et l'amour de la patrflpe réveilla par morceaux dans l'attachement que les citadins portaient à leurs de-
meures. Mais les abus de pouvoir ne cessèrent
point ; il n'y eut que la manière de les commettre qui changea. Ils semblèrent même plus faciles et plus légitimes à la fois , parce qu'il y avait dans le régime féodal une hiérarchie établie. Certes c'est lui qui amena ces insurrections nombreuses qui , dès. le huitième siècle, prouvèrent que l'humanité souffrait trop , et déterminèrent enfin l'affranchissement des communes. Mais il divisa les maux , rendit la résistance et la révolte partielles comme les fiefs , et sanslui peut-être l'ébranlement eût été unanime , spontané, et la libération enfantée d'un coup.
[812.] Sous le pontificat de Léon III ces dignités , que le saint-siége et Charlemagne s'étaient gratuitement conférées , reçurent une consécration formelle. Michel , empereur d'Orient , intimidé par le glaive Franc , reconnut dans le patrice romain , empereur d'Occident , un associé et un collègue. Un trai^ solennel couronna l'œuvre de l'épée. Rome n'eut plus qu'un maître ; qu'un soin , celui de miner sa puissance.
Quand je dis Rome , j'entends le saint-siége ; quand je dis le saint-siége , c'est toujours la papauté au temporel que je désigne.