‹ Rome et ses papesChapitre 22 sur 197 · LIVRE I , CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPITRE III

humilié par sa famille , les seigneurs et le clergé* de son royaume , fut honteusement déposé par eux et par Grégoire, Couvert du sac d'un pénitent , on le jeta dans une cellule. Là il devait finir ses jours; mais ses enfants se brouillèrent, ' et il régna de nouveau. Il disait toujours : « Rien de trop , » maxime qui le perdit. Imbu de toutes les superstitions de son temps , il voyait sans cesse le diable à son chevet. Une éclipse de soleil frappa ce prince crédule et le renversa dans la tombe. L'histoire pourtant nous dit que Louis-le-Débonnaire était savant, et qu'avec une ame énergique il pouvait ttre grand roi. Un article de ses capitulaires décréta que les monastères contribueraient aux besoins de l'Etat ; mais il rendit au clergé la liberté des élections , et confirma au profit du saint-siége la donation* de Rome. Son règne est remarquable par l'immense influence qu'il transporta dans le clergé. Charlemagne est déjà loin.

A sa mort , la guerre s'allume entre ses fils , Charles , dit le Chauve , qui avait la France , Lothaire , qui avait l'Italie, et Louis-le-Germanique, empereur. Lothaire est battu par ses frères. Soudain des évêques s'assemblent à Aixla-Chapelle , et , se faisant dispensateurs et maîtres des couronnes , proclament hautement le

droit de conquête , c'est-à-dire la force , et frustrent , au nom de Dieu , de tous droits , un prince chrëtien et légitime. Lothaire est déclaré' déchu de son trône ; ses frères promettent de gouverner mieux que lui , et reçoivent Tordre d'envahir ses domaines. Mais Lothaire demeura puissant , et lorsqu'il vit Serge II [844]» successeur de Grégoire , consacré sans son assentiment , il envoya son fils et une armée à Rome. Là les bassesses du pontife et des Romains conjurèrent l'orage ; on transigea. Serge, en plein concile, reconnut dans Lothaire le suzerain dç Rome , et Lothaire dans Serge reconnu le pape.

[847.] Un pontife devint grand et redoutable par les circonstances de son règne ; c'est Léon IV. Les Sarrasins , depuis long-temps vagabonds , mettaient le monde au pillage. L'empereur Léon-l'Isaurien les avait chassés des portes de Constantinople en brûlant leurs vaisseaux. Gomme lui , le saint-père eut à les repousser de sa métropole. Le ciel le favorisa. Une tempête dissipa la flotte de ses ennemis , qui prirent la fuite chargés de butin. Lui-même , ajoute-t-on , les défit sur le patrimoine de saint Pierre. Rome dans cette conjoncture agit d'elle-même , en souveraine , sans secours : or un acte de défense

Page 1