‹ Rome et ses papesChapitre 23 sur 197 · LIVRE I , CHAPITRE III. 5l · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPITRE III. 5l

pouvait passer pour acte de propriëté. Après son triomphe , Léon restaura les murailles , embellit sa résidence , et construisit unç ville à laquelle il donna son nom. Son règne fut glorieux.

Il faut parler de cette trop fameuse papesse Jeanne qu'on place entre Léon IV et Benoît III. Des ecclésiastiques l'ont avouée; des auteurs ont dit qu'elle était Jean VIII. Il y a du trouble dans cet endroit de l'histoire. Rome avec raison a voulu lacérer une page de ses annales.

Cette femme se nommait Jeanne Gilberte.

On l'a supposée tour à tour Anglaise , Allemande , parce qu'elle parlait plusieurs langues. Élevée sous le costume masculin , elle avait étudié à Athènes, et sa haute science lui valut seule la mitre des pontifes. On varie sur la durée de son règne. Elle mourut dans une procession en mettant au jour un enfant dont un moine , cardinal ministre , fut réputé le père. Le peuple consterné l'abandonna non loin de l'amphitéâtre Flavien , où elle expira sous la tiare dans les souffrances les plus aiguës. C'est elle , assure-t-on , qui couronna Louis II. — Je rapporte ces faits parce qu'il faut tout dire. Une • coutume , que personne ne révoque en doute , existait encore sous Léon X. C'est le papcun vi-

mm habemus. Si l'expérience fait les lois , sans un abus constaté , eût-on cru nécessaire de s'assurer du sexe de l'élu ?

Des historiens apologétiques veulent que le temps du règne de la papesse Jeanne se soit écoulé pendant un schisme qui divisa Rome , lorsque Benoît III et Anastase se disputèrent le trône de saint Pierre. Rien n'appuie l'assertion. — Anastase fut* exclu , et Benoît fut confirmé par l'empereur. Il s'était caché afin de n'être pas sacré ; il sortit de sa retraite pour gorger sa famille d'honneurs et de richesses , pour devenir , en un mot , le patriarche du népotisme [855].

[858.] Son successeur aussi , Nicolas I er , refusa la papauté; mais il l'accepta enfin pour donner à la chrétienté un exemple de maladresse et d'hypocrisie. Je dis maladresse , puisque son abnégation fut la reconnaissance explicite que cette autorité papale , telle qu'on la comprenait, n'était point dans l'Écriture , et que le vœu d'humihté s'opposait à son coupable exercice. Je dis hypocrisie , parce qu'après une hésitation simulée , il sut user de ce pouvoir avec d'autant plus de vigueur , et d'autant moins de bornes , qu'on l'avait mis à ses genoux. Nicolas ajouta une couronne d'or \ sa mitre, écrivit aux plus

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