‹ Rome et ses papesChapitre 24 sur 197 · LIVRE I , CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPITRE III

grands potentats comme à des esclaves , et sut contraindre l'empereur Louis III , fils de Lothaire , à conduire publiquement son coursier par les rênes. 11 blasphéma la divinité en s'assimilant à Dieu pour se soustraire à la juridiction des hommes. « Tout ce qui est séculier , répétait-il , n'a ni le droit d'absoudre , ni celui de condamner un pape. » Sa présomption effrontée surpassa celle de tous ses devanciers. Il excommunia des empereurs , des patriarches , et des évêques , qui lui contestaient le droit de vanité , et fit faire un grand pas à l'autorité papale. — Adrien II lui succéda K

[867-72.] Pourquoi les princes les plus dévots ont-ils été les plus nuisibles ? Charles-le-Chauve régnait' dans cette France où déjà on ne disputait plus aux évêques la faculté de disposer des sceptres. Occupé de niomeries et de reliques , il se laissait diriger par le clergé qui gouvernait en son nom. Pressé alternativement par les évêques et les seigneurs , il ne cherchait point à concilier ces deux énormes contre-poids. Son bonheur était de discuter sur la grâce et le des-

1 C'est Adrien qui envoya à Salomon , roi de Bretagne, qui lui prétait hommage, un bras du pape Léon III , comme relique de grand prix.

D'AfiGEHTiié , hist. de Bretagne.

tin , ou de faire fustiger des moines hérésiarques , pendant que les Normands et les Bretons lui imposaient victorieusement des traite's. Une fois menacé d'excommunication par des évéques qu'il mécontenta , il reconnut leur juridiction. Alors l'anathême était plus qu'une mort civile; c'était un vieux fléau druidique , l'ancien levier de puissance des prêtres de la Gaule. Quiconque en était atteint était fui comme un lépreux. — Charles veut châtier des princes rebelles ; il envahit quelques provinces de Louis II , roi d'Italie , et Adrien l'excommunie comme ravisseur et comme parjure. Qu'arrive-t-il? Charles fait lever l'interdit par un de ses prélats ; mais il se contente de faire dire au pape qu'un roi de France n'est pas le lieutenant du saint-siége , et la réponse passe pour ferme quand elle n'est que passive.

[872-82.] Jean VIII monta sur le trône pontiBcal à la mort d'Adrien. Politique profond , il n'étudia les événements que pour en tirer parti. Charles-le-Chauve ambitionne le titre de César ; il entre en Italie , trompe ses neveux , arrive à Rome , et achète l'Empire à prix d'argent. Jean satisfait voit le monarque à ses pieds. « Tu es digne du trône , s'écrie-t-il , nous t'octroyons la puissance, » et c'est en faisant planer la tiare

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