LIVRE I , CHAPITRE III
au-dessus de la couronne de Charlemagne qu'il consacre le nouvel Auguste. ^
On a dit de Charles-le-Chauve qu'il eut beau- . coup de dëfauts sans vices. Des moines reconnaissants en ont fait un Antonin. On verra qu'il fut aussi utile au saint-siége que malencontreux pour le monde. — Ici finit , à vrai dire , le second âge de l'Eglise , la jeunesse qui est le complément de formation. Charlemagne avait fait du pape un ressort purement temporel , un moyen politique ; Louis s'humilia devant lui , et Charles-le-Chauve en fit un être surhumain. Le fils de Pépin et Charles-le-Chauve changèrent de rôle ; celui-là parlait en maître , et celuici en suppliant. — La puissance papale est déjà ce despotisme théocratique qui a pesé si tristement sur les peuples et sur leurs rois. — Char-* les mourut empoisonné.
Alors un commerce singulier s'était établi parmi les chrétiens. On déterrait les cadavres des saints et des martyrs .pour trafiquer de leurs reliques. Ainsi des marchands vénitiens appor- ^ i tèrent à leur patrie les restes de saint Marc , et •
saint Marc attacha son nom £ la longévité d une république célèbre . comme les fragments d'un crâne donnèrent naissance au Capitole romain. — Jean VIII construisit des églises et consacra
à la madone l'ancien temple de la Fortune virile. #
Le neuvième siècle n'eut qu'un grand homme, Cliarlemagne ; qu'un beau moment , son règne. Avec lui périrent les émanations de son génie. Bientôt la France , l'Allemagne , l'Italie , commencèrent à se couvrir de fiefs ; des provinces , des villes , des églises même , furent vassales. Chaque homme avait son suzerain à l'infini , et l'obéissance passive était la base de l'ordre. Le roi tenait son droit du saint-père , le saint-père le tenait de Dieu. Les suzerains se battaient entre eux , mais les vassaux , encore , demeuraient soumis et tranquilles , ce qui s'explique par la misère des temps. De grossiers préjugés dénaturaient la justice. Il fallait se soumettre aux épreuves les plus horribles , pour dissiper un simple soupçon , et , si l'accusé en sortait triomphant , son innocence çtait avérée. Les différends se terminaient par un duel juridique autorisé par les évêques même , et du côté du plus fort était le bon droit. On rachetait l'homicide par des aumônes , en construisant des abbayes , des temples ou des couvents , lesquels ensuite jouissaient du droit d'asyle , c'est-à-dire du privilège de protéger l'assassin contre des lois déjà coupables tant elles étaient barbares. Dans l'Église,