LIVRE I , CHAPITRE IV. 5g
tout s'élevaient des temples dont la majesté gigantesque inspirait aux humains des idées analogues de force et de terreur. Le saint-père usurpait peu à peu la consécration exclusive des évêques ; il encourageait les pèlerinages , convertissait les pénitences en pénalités pécuniaires , et/aisait argent de tout.
Jean VIII mourut assassiné. Il vécut en monstre , coupable d'avoir torturé l'Ecriture pour assouvir sa rapacité , d'avoir autorisé le meurtre et la rapine. Il osa reprocher à des évêques francs de n'avoir pas pris les armes contre leur souverain. Quand Serge , duc de Naples , fit la paix avec les Sarrasins ses vainqueurs , Jean l'excommunia comme l'allié des barbares. Bien" plus , un archevêque , frère du duc , conspira contre son propre frère , lui arracha les yeux , et le pasteur des chrétiens sanctifia le fratricide. Plus tard , pourtant , il dut fléchir lui-même devant les Maures ,jet leur payer tribut.
[882-91.] Après lui paraissent successivement trois papes : Martin II . qui acheta la papauté ; Adrien III , qui déclara que l'élection des pontifes n'entraînait que le concours du clergé , de la noblesse et du peuple romain ; et enfin Etienne V , qui , pendant qu'Eudes était en France tuteur de Çharles-le-Simple , excom-
munia tous les usurpateurs étrangers au sang
de Charlemagnc. Ce dernier, Etienne, eut la gloire de condamner , par bulle , les sottes épreuves du feu , de l'eau et des armes.
L'Allemagne cependant était en pleine anarchie depuis la déposition de Charles-le-Gros , et le trône fragile d'Italie y attirait de nombreux concurrents. Déjà deux collatéraux du sang carlovingien , Guy ,duc de Spolette , et Bérenger , duc deFrioul , s'étaient fait adjuger la couronne. Le premier , convoitant le sceptre de France , s'éloigna , revint ensuite chasser Bérenger , et fut à son tour mis en fuite par Arnould, bâtard de Carloman. Les troubles convenaient au 'saint-siége et servaient son humeur active : il intervint pour les nourrir. Etienne V avait protégé Gui ; le pape Formose sacra Arnould empereur et roi. Mais Arnould périt par le poison : Bérenger réparut , repoussa les Hongrois , qui mettaient tout à feu et à sang , pacifia l'Italie , et n'en fut pas moins poignardé après l'arrivée d'un nouveau concurrent favorisé par Rome.
La fortune abandonna ce dernier. Surpris dans Vérone , il eut les yeux crevés , et les intrigues d'une femme assurèrent enfin le trône à Hugues de Provence.
Le pape Formose n'était plus. Excommunie'