LIVRE I , CHAPITRE IV. 6l
pendant la vie de Jean VIII , sous prétexte de trahison , on inculpa sa mémoire parce qu'il avait été élevé de l'épiscopat a la papauté* , ce qui, dit Hénault, était encore sans exemple.
Un pape , Etienne VI , fait exhumer son corps , l'orne de la tiare , et l'assied sur la chaire dç saint Pierre. Là , le cadavre est couvert de souillures. Trois doigts de l'excommunié sont arrachés comme coupables d'avoir profané la bénédiction pastorale ; la tête est séparée du tronc et jetée dans le Tibre. — Romain et Jean IX rétablirent plus tard la mémoire de Formose , et Etienne reçut le châtiment de son zèle atroce. 'Devenu l'objet de l'exécration populaire , il périt, chargé de chaînes, par la main d'un bourreau. Voilà l'histoire du temps : fanatisme , haine , vengeance. Mille factions se disputaient le pouvoir. Un prêtre vil , Boniface VI , qui précéda Etienne , était tombé sous leurs coups après quinze jours de règne. Théodore II et Jean IX vinrent enfin calmer le mal. Ils réhabilitèrent les victimes du désordre , se montrèrent bons et charitables , mais vécurent peu [898-900].
Nous voici au dixième siècle , tableau continu de forfaits et de dépravation. Nous allons voir les papes faits et défaits par des. cour-
tisanes , Rome divisée et toujours sanglante.
[900-904.] Un prélat probe commence , c'est Benoît IV. Il passa. Les deux suivants finirent leurs jours en prison. Léon V fut sacrifié par Chritophe , Christophe sacrifié par Serge III.
Le premier acte de Serge fut la réhabilitation de cet odieux Etienne VI et la réprobation de Formose. Il était l'ami du duc de Toscane , Adelbert , et l'amant de cette duchesse Marozzia , son épouse , Messaline fameuse qui se prostitua par calcul. — Le fruit de l'adultère sera pape.
[911-928.] Après Serge, deux pontifes obscurs, Anastase III et Landonio , disparaissent. — Marozzia avait une sœur, Théodbra, son égale en beauté et en fourberie un prêtre de Ravennc devient son favof i , et successivement evèque , archevêque et pape : c'est Jean X. Jean était guerrier et magnanime. Les Sarrasins menaçaient la campagne de Rome et la Toscane était son alliée. Il repoussait les barbares ; il méditait même de délivrer l'Italie des cohortes allemandes qui la dévastaient. Soudain Marozzia devient jalouse du pontife et de Théodora. Elle introduit des soldats dans le palais de Latran. Jean X et les siens sant lâchement immolés.