LIVRE I, CHAPITRE I. . l
Les événements de ces temps restent ensevelis dans un abyme de sang ; tout y semble proscription et massacre ; la vérité se cache sous un voile miraculeux et mensonger. On lit néanmoins que les messes et la bénédiction du mariage étaient en usage sous Evariste et Thélesphore[i3o/]. Lorsque le christianisme s'étendit , des sectes se formèrent. Il y en eut , les Elchesaites , qui* soutinrent qu'il était permis d'avoir la foi dans le cœur et de la renier par la bouche afin d'échapper à la mort. Peu à peu les persécutions s'apaisèrent , la communion devint trop nombreuse , il fallut la diviser. Le
pasteur de Rome , ayant créé des ministres ou
desservants , s'appropria sous le titre d'évêque métropolitain , la primauté de l'ordre ; à l'exemple de Rome , d'autres villes se donnèrent des éveques qui se firent princes , patriarches , et le scandale des rivalités vint troubler les premiers jours de l'Église naissante.
[3 12.] Bientôt le vainqueur de Maxence , Constantin , désertant l'idolâtrie , arbora dans
cè fut Lin. On lit , dans des ouvrages anonymes , que Clément, qui n'est connu que par son épitre aux Corinthiens, voulait ici-bas la communauté de ' tout entre tous.
Rome l'étendard de la croix , proclama la liberté de conscience , et vint défendre les églises , les pauvres et les esclaves. Sous lui le christianisme fait des progrès immenses ; l'Evangile pénètre
chez les Goths , au-delà du Rhin et du Danube ; des barbares dévastateurs sont repoussés par l'arme de la conversion ; l'hermite visite les cités , fonde des monastères ; les sacrifices , la divination , les oracles tombent sous le ridicule. Constantin fut-il sincèrement chrétien ? Mû plutôt par la jouissance secrète de protéger une croyance dont les apôtres l'adulaient , que par la foi évangélique, flatté par les prélats , on le vit discuter avec eux , convoquer des conciles et même prêcher en public. Mais Eusèbe apprend que plus tard il exila des évêques pour fortifier l'arianisme , et nous voyons que le plaisir d'innover le conduisait dans ces assemblées oîiil blâmait les ariens et les donatistes qu'il approuvait ensuite. Cette manie , sans doute , l'animait encore lorsqu'il conçut la gigantesque idée d'aller planter son trône sur les rives de l'Hellespont. Rome une fois démembrée , riche de ses seuls souvenirs , Sylvestre , dit-on , la reçut en don. Sylvestre était pontife à Rome ; mais Constantin y laissa des lieutenants. C'est assez dire que cette donation , dont les actes