LIVRE I , CHAPITRE VI
On retrouve bien quelques lois écrites; mais celles-ci , comme les autres lois contemporaines , ifoffrent que de fausses notions sur la justice et les serments ; qu'un système de pénalité purement fiscal , et reposant , comme cela devait être , sur la maxime féodale de la plus ou moins value des hommes.
Jean XIX , frère et successeur de Benôît VIII, passa en un seul jour du laïeat à la papauté [ i o^4] ; il voulut vendre au métropolitain de Constantinople le titre de patriarche œcuménique d'Orient ; mais les Romains qui haïssaient moins la simonie qu'une diminution 'de pouvoir , l'expulsèrent. Conrad II régnait en Germanie ; il vint à son tour rétablir l'exclu et recevoir le sceptre d'Occident.
[io33.] Jean fait place à un descendant de Marozzia , Benoît IX. Intronisé à l'âge de dix ans , dissolu bientôt comme Jean XII , une première émeute le renverse , et c'est Conrad qui le relève. Les meurtres , les adultères fatiguent de nouveau l'apathie romaine ; une deuxième rébellion le chasse. Un pape , Sylvestre III , fcst même nommé , mais en vain. Après quelque mois d'exil , Benoît reparaît , fait un archevêque de son rival , et reprend paisiblement le cours de ses luxures,
Alors les hautes charges de l'Eglise e'taient pour ainsi dire meubles et -dans le commerce" ; on donnait les e'vêche's en dot , on les assignait pour douaires. Le fait de vénalité manquait toutefois a l'avilissement de la tiare , lorsque tout-à-coup Benoît IX la .vendit , pour une somme considérable , à un archipretre , Grégoire VI [io46].
Ici donc régnent , en harmonie apparente , trois papes consacrés : Benoît IX , Syvestre III et Grégoire Vl.
Conrad le Salien n'était plus. Henri III occupait le trône germanique. Voyant l'Église bouleversée , son unité détruite , ses trésors dissipés , il vint à Rome afin d'y convoquer un concile. A sa voix les évêques s'assemblèrent , et les trois pontifes reçurent l'injonction de comparaître devant leurs juges. Grégoire seul obéit. Convaincu de schisme et de trafic honteux , il prévint, par une abdication spontanée, l'opprobre d'une exclusion juridique. Les prélats ensuite , sans avoir égard aux titulaires absents, décrétèrent la vacance du siège , et Clément II fut élu. Clément était saxon ; il expira de mort violente , et Benoît IX , las d'une vie oisive , se montra encore au palais de Latran. Où est cet esprit saint qui présidait , dit-on , à l'élec-