LIVRE I , CHAPITRE VI
tion-des pontifes? où est le peuple ? Benoît était trop redoutable par sa famille pour que les Romains osassent frapper ses crimes. Il vécut sans trouble, souillant par l'usage cette dignité pastorale qu'il avait déjà souillée par l'encan ^ et se retira enfin , après avoir attaché au saint-siége'*la suzeraineté de la Pologne.
Remarquons que Henri III , qui fut couronné par« l'infortuné Clément II , reçut avec le serment de fidélité des Romains la promesse solennelle qu'aucun pape ne serait créé sans son assentiment. Mais l'empereur paya la promesse par un énorme tribut d'argent. Ainsi il y eut diminution de faculté d'un côté et accroissement de l'autre ; car Charlemagne imposa la condition , et Léon II , pape , son contemporain ne la vendit point. Henri acheta le sine quâ non de Charlemagne : il ne lui resta qu'un droit concédé. Quant a la prestation d'obéissance et de foi , elle n'était plus qu'une formalité illusoire. Les Romains , mercenaires parjures , la considéraient comme un vain trophée de conquête qui s'évaporait dès que le prince avait disparu. Rome , en cette occurrence , promit tout ce que l'Empereur demanda , parce que le conquérant contrariait par la présence du glaive ses goûts de liberté et ses penchants à la dépravation.
[1047-57.] Henri III permit successivement d'élire Damas II , Léon IX et Victor II. Benoît IX vivait encore. On a dit que le premier, Damas , fut empoisonné par Hildebrand , ministre du seconde Qu'on n'oublie pas ce nom. — Durant ces intronisations fréquentes, de «distance en distance , quelques saints prélats repoussaient la dignité suprême. Après Clément II, un archevêque de Lyon , connu par sa vertu , Alinard, refusa la tiare que l'Empereur lui faisait offrir. Son exemple ne fut pas suivi. ■
Léon IX était belliqueux, actif et ami des voyages. Pendant qu'il excommuniait les ennemis de l'Empire* 1 , soutenu par les soldats de Henri III lui-même , il faisait la guerre, aux Normands. Ceux-ci le firent prisonnier. Il les traitait de tigres et de léopards ; ils l'accueillirent comme un père ou comme celui qu'ils pensaient digne de l'être. Léon , pendant le cours de son administration , donna cependant des preuves d'un saint zèle , en cherchant à déraciner cette fureur de lucre et de concubinage qui souillait le clergé. L'Église l'a canonisé. Parmi tous les conciles qu'il convoqua en Aile-
1 II excommunia a ce titre Baudoain , comte de Flandre , le duc de Lorraine , etc.