‹ Rome et ses papesChapitre 46 sur 197 · LIVRE I , CHAPITRE VII. g · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPITRE VII. g

faCtions,deuxcours,deux foudres s'organisèrent. L'Empereur fut excommunié , et les deux papes s'anathématisèrent réciproquement comme antechrists. Ils moururent enfin, et le moine ar« rogant , qui remuait l'Eglise depuis Léon IX , leur succéda. C'est Hildebrand, ce Grégoire VII qu'un héritier de Saint-Pierre osa canoniser, cet audacieux politique qui sut asseoir sur un trône de fer la domination papale [1073].

Henri IV était majeur ; mais calomnié , repoussé par ses sujets , son sceptre était sans force. Sous Alexandre II, huit évêques n'avaient pas craint de s'armer contre lui. Hildebrand, ministre , avait fomenté les troubles ; Grégoire VII en recueillit les fruits. Il a vieilli dans les cours , trempé dans toutes les intrigues ; il sait l'opportunité d'un esprit subtil , hypocrite et tenace ; il flatte pour mieux surprendre , il ménage pour mieux frapper ^

D'abord un concile prononce que tout ecclésiastique est simoniaque qui reçoit une investiture quelconque des mains d'un prince séculier. La maxime avait une excuse , car les princes , jaloux du clergé , vendaient souvent les bénéfices , • ou , dans le cas contraire , en prolongeaient à leur profit la vacance. C'était le droit de régale. Grégoire, en conséquence, veut nom-

mer aux prélatures de l'Empire. Henri «résiste et menace ; Grégoire l'accuse et le somme d'abandonner son trône pour venir se justifier dans Rome. La guerre s'allume , le pape a ses armées.

Les Saxons soutiennent la cause d'Hildebrand ; Henri IV va les punir , et dépose ensuite Grégoire dans un synode d'évêques [1080]. Le pontife irrité vomit ses censures contre l'Empereur , et le déclare déchu de la couronne. Il fait plus , il crée un épouvantai 1 nouveau : il impose aux peuples la révolte comme un devoir , et délie du serment de fidélité les vassaux des princes que son foudre frappe. Voilà l'abus le plus pervers qu'on ait fait d'une religion de tolérance et de bonté ; voilà l'état de rapine , de tumulte et de destruction organisé par un principe essentiel de concorde et d'harmonie. Si le christianisme n'atteignit point dans l'opinion ce degré de perfection possible dont il était si digne, c'est que la barbarie du monde fut un moyen pour ses ministres ; c'est qu'il ne rappela pas la foi à ses justes limites , quand , devenue fanatisme , elle fit de l'homme un instrument matériel , un être sans instinct libre , et sans volonté.

Ainsi l'Empereur déposa le pontife , et le pontife déposa l'Empereur. L'anathême rédui-

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