CHAPITRE NEUVIÈME
Tentative de reforme par Arnaud. — Lace II massacre'. — République sous les papes. — Deuxième croisade. — Saint Bernard. — Eugène III eliassé par les Romains ; retabli par saint Bernard. — Adrien IV. — U empereur Frédéric -Barberousse. — Progression de l'autorité papale.
Les factions des Guelfes et des Gibelins agitaient Rome , lorsqu'un certain Arnaud de Brescia . disciple d'Abailard , vint dénoncer sur la place publique le libertinage et la cupidité des pontifes.
[i i44*] Célestinll , successeur d'Innocent II, n'était plus ; à la suite d'un pontificat de cinq mois il était descendu dans la tombe , coupable d'avoir offert aux chrétiens de nouvelles preuves de cet esprit usurpateur et rapace que les papes semblaient se transmettre à titre héréditaire.
On l'avait vu semer des troubles en Sicile , pour pouvoir ensuite vendre des accommodements. Ainsi cette chaire romaine , dont la mission originelle était le maintien de l'harmonie sociale , spéculait bassement sur la discorde et les maux du monde. — Luce II l'avait remplacé. .
Le vertueux Arnaud rappelle l'humble simplicité du premier âge; il reproche aux papes leur solidarité d'orgueil , de faste et d'opulence. La populace l'entend , se soulève contre Luce , et lui impose un sénat et un patrice qui le restreignent au sceptre spirituel.
Les pontifes , avec raison , n'ont jamais conçu que les Romains se mutinassent contre eux ; car s'ils étaient sévères et intéressés au-dehors , ils supportaient dans Home la licence et le dérèglement. Le peuple était heureux par sa fainéan-
tise ; et son penchant à la nonchalance se maintenait, nourri par la politique de ses chefs. Aussi voit-on rarement ce même peuple en proie à des mouvements de désespoir : il se plaint , il s'emporte quelquefois, mais c'est l'or qui l'émeut , ce sont des factions qui l'entraînent : il , ne veut rien changer à sa vie privée , il est content de son sort ; alors sa fureur passe comme un météore et il revient en toute hâte à son exis-