LIVRE I, CHAPITRE X
sieurs de ces sectes étaient loin d'être coupables. Les Vaudois , qui tiraient leur nom de Valdo , homme charitable et vertueux, prêchaient la doctrine évangélique dans toute sa chasteté , et la pratiquaient de même. On commençait à comprendre que la parole papale ne pouvait être à la fois criminelle et infaillible , et partout des milliers de fidèles épiaient l'instant de se. détacher d'une Église dont le siège était , comme Babylone , le centre de tous les vices mondains. C'était une inspiration consciencieuse qui formait les dissidences ; l'iniquité de Rome les fomentais. Je l'ai déjà dit , la cour de Latran spéculait sur lés troubles et sur l'ignorance humaine. Par l'argent on obtenait tout d'elle , tout jusqu'à l'absolution des plus odieux forfaits. Elle créait des dispenses 1 , inventait des res-
1 Les dispenses furent imaginées pendant le onzième siècle. Les guerres entre particuliers , la grande abondance de décrets contradictoires , l'absence <dc fixité dans la justice commutative , les rendaient peutêtre utiles. Leur destination première était aussi pure et sacrée. Le produit servait à améliorer l'état du culte et de ses desservants. — Rendons justice à la chambre apostolique actuelle. Beaucoup de dispenses sont gratuites sans doute par force majeure , car les lois civiles ne les exigent point j de plus par la con-
sources à l'infini , et s'enrichissait par tous les moyens. Le trafic des choses sacrées était tout au plus un vieil abus. 11 eût fallu des mœurs et une piété bien pures pour racheter tant d'écarts honteux , et ce qui tranchait était le désordre. Après cela , doit-on s'étonner quand on prétend que la réforme fut la fille des abominations . romaines ?
Un homme parjure et vaniteux, Urbain III, après deux ans de pontificat, suivit Luce III au tombeau pour le bonheur de l'Empire et de l'Italie qu'il allait mettre en feu (i 185-87). La paix lui était à charge. Il viola le concordat relatif aux investitures en proclamant , avant l'empe-
cession volontaire on croit empêcher l'évasion du droit de compétence. Ainsi le pape permettra le divorce en Allemagne où les lois l'autorisent, et le prohibera en France où ces mçmes lois le défendent. De la sorte il proclamera dans un jour deux doctrines essentiellement divergentes et opposées, jusqu'à ce que la Providence ait reproduit sur la terre les princes , les papes et les hommes du moyen âge.
Il y a à Rome deux bureaux de dispenses : l'un dit chambre des Dateries , relative aux dispenses quelquefois secrètes accordées aux ecclésiastiques pour couvrir une faute , un vice , une illégalité j et la chambre des Pcnitenceries relative aux mariages , jeûnes , vœux , etc. , etc.