LIVRE I, CHAPITRE X
reur , un archevêque allemand. Il voulait excommunier Frédéric , mais la mort arrêta ses desseins. — Grégoire VIII lui succéda.
Alors le grand Saladin , sotfdan d'Egypte , enlevait Jérusalem aux chrétiens. Grégoire irrita la manie religieuse du temps ; et son successeur , Clément III , qui , par une nécessité héréditaire , haïssait l'empereur , vit dans cet événement l'occasion propice de s'en délivrer (1 187-89). Une troisième croisade fut prechée, et de nouvelles hordes , suivies de moines et de concubines ., partirent. Frédéric se croisa avec cent cinquante mille hommes, et trouva la mort, après des triomphes , dans un fleuve déjà célèbre , le Cydnus. Philippe- Auguste et Bichard- Cœur-de-Lion s'embarquèrent. Leur mésintelligence gâta tout.'
Cette expédition remplit les caisses du palais de Latran, car la thésaurisation était aussi l'une des fins papales. On accordait des indulgences aux imbéciles qui se croisaient , et des dispenses aux riches qui ne se croisaient pas. Les uns érigeaient en dons pieux itne grande portion de leurs domaines ; les autres testaient en faveur de saint Pierre , car , pour Dieu , c'était une œuvre sainte d'exhéréder de légitimes enfants. Souvent les seigneurs mettaient leurs terres
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sous l'égide de leurs évêques : c'était , comme
on Ta dit , un moyen de conservation ; mais , à leur retour , la protection était un droit ; ils devaient payer l'investiture de leurs biens. Voila en partie l'origine de ces fiefs épiscopaux qui subsisteront encore au dix-neuvième siècle dans plusieurs contrées de l'Europe. Le saint-siége , en outre , exigeait des sommes immenses pour la consécration des prélats étrangers qui recouraient à lui. Un évêque de Bordeaux accusé de forfaiture par les prêtres de son diocèse , empêchait sa déchéance par un tribut énorme. Clément usurpait la souveraineté des églises d'Ecosse , et la vendait ensuite , comme une grâce, au roi d'Angleterre , qui avait la force de se plaindre et la bonhomie de la payer.
Les miracles étaient encore très-communs.
On avait vu dans plusieurs coins du monde des années se chargeant dans les nues , et , quand de pareils phénomènes venaient effrayer le bon peuple , chacun se mortifiait , achetait des indiligences, et se purifiait par toutes sortes d'austérités. La haire, le eilice , les fustigations volontaires , telles étaient les pratiques propres à apaiser la colère de Dieu. Le jeûne aussi était fort en usage. Grégoire VII , par exemple, affligé de la perte de Jérusalem et de la vraie croix