‹ Rome et ses papesChapitre 64 sur 197 · LIVRE I , CHAPURE X. l · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPURE X. l

mer le méchant esprit qui. animait les prélats chrétiens ? Il faut le dire pourtant ; les lois féodales contraignaient les prélats d'envoyer leurs vassaux au combat.

[1198.] Le successeur de Célestin, Innocent III , fut ûn homme d'une science profonde : mais le besoin d'étendre et d'accroître le domina et le rendit plus coupable que ses devanciers , parce qu'avec plus d'adresse qu'eux il tortura l'Ecriture pour la plier à ses projets. Pendant les dix-huit années de son pontificat , il bouleversa l'Europe depuis l'Orient jusqu'à la Grande-Bretagne. Sa vie est pleine : il faudrait des volumes pour la décrire. Un seul acte le voue à la malédiction des siècles. C'est le jet dans le monde de la pluS grande plaie que la chrétienté ait souffer\c , l'érection de ce tribunal exécra'ble qui espionna jusqu'à la pensée de l'homme et fut si humiliant pour les peuples qui se laissèrent décimer par ses griffes de sang. J'ai dit l'inquisition.

A l'occasion du divorce d'un de ses rois , la France s'était vue en état d'interdit. Philippe Auguste , prince éclairé pour son temps , était un hérésiarque , qui disait qu'il tenait sa couronne de Dieu seul et de son épée. Fatigué d'Isemberge de Danemarck , sa femme , il l'avait

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répudiée par sentence de ses évêques. Rome blâma sa conduite et assembla en vain des conciles. Philippe s'opiniâtrà , brava le langage hautain des légats , fit main-basse sur des fiefs d'évêques et sut contraindre le saint-siége de révoquer l'anathême 5 alors il reprit Isemberge , qui fut bonne reine, dit Mézerai. Philippe pourtant avait commencé par des concessions , car il en fallait au vertige religieux de l'époque. Non-seulement il avait fait le voyage de la Palestine , mais l'usage étant , en ce temps-là , d'inaugurer chaque règne par quelque loi sanguinaire, il avait recherché, puni les hérétiques qui pullulaient alors sous les noms de Poplicains, Cotereaux , Patarins , etc. , et condamné les blasphémateurs nobles et vilains , les uns à l'amende , les autres à être noyés. Circonvenu par des moines , il avait aussi chassé les Juifs , que les gouvernants du siècle se vendaient entre eux comme une branche d'industrie ; mais il ' avait froissé Rome en refusant de prendre part à cette quatrième expédition , qui valut à Baudouin le sceptre de Constantinople et au saint pontife la régence momentanée de l'Eglise d'Orient [1204]. Tout-à-coup donc il se croise à la voix d'Innocent III contre les Albigeois, et quatre-vingt mille chrétiens vertueux sont exter-

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