LIVRE I , CHAPITRE XI. lfy
çais qui pouvaient vivre heureux 60us ses lois et dans leurs familles. Sans les causes qui lui valurent l'auréole de beat , Louis IX pouvait être un grand prince.
Cependant les sectes se multipliaient : quelques-unes , en Saxe , osaient traiter le pape d'hérëtique. L'Italie , déchirée par les factions des Guelfes et des Gibelins , était couverte de fousdévots qui croyaient désarmer le ressentiment du ciel en se fouettant le corps jusqu'au sang. [1248]. La tête couverte d'un capuchon, les jambes nues , ils traînent de ville en ville leurs lambeaux dégoûtants : de longues traces sanglantes disaient qu'ils avaient passé. Souvent des prêtres armes de croix présidaient à ces macérations barbares. Ces imbéciles se nommaient flagellants.
Le saint-siége ne chercha point à soustraire le monde h ce hideux spectacle. Innocent , délivré de son plus grand ennemi , consumait en basses intrigues les loisirs de ses vieux jours. Il poursuivit de sa haine Conrad II , le fils et l'héritier de Frédéric : il publia une croisade contre lui , et bientôt ce prince périt empoisonné non loin des portes de Rome même. Le saintsiége y gagna la régence de la Sicile et la tutèle du fils unique de Conrad , que, nous verrons
bientôt immolé par un Français et sous un pape.
Un autre fils de Frédéric II usurpa dans ces circonstances le trône de Sicile : c'est ce Mainfroi que des historiens accusent d'avoir accéléré la (in de son propre père et de son frère Conrad. Innocent n'était plus [i25£] : il avait fait place à Alexandre IV , homme maladroit , qui , comme Grégoire IX , fut impolitique envers ses su* jets et ses moines , et se fit chasser de Rome parce qu'il voulut écraser le sénat. Il s'opposa aux électeurs ecclésiastiques d'Allemagne qui soutenaient ouvertement le bon droit , propageant ainsi , par des allégations malhabiles , le dogme hérétique de la faillibilité de son siège. Il mourut après avoir introduit l'inquisition en France et alimenté l'incendie des batailles par une croisade contre Mainfroi.
En ce temps vivait en Danemarck l'ambitieux prélat de Lunden , cet Etuansen qui fit chanceler sur son trône Christophe 1^ le victorieux. Ennemi de son roi , haï des seigneurs ? non content d'avoir bouleversé les lois du royaume par son dévouement au pape , cet homme s'était adressé à la misère publique. La populace à sa voix avait contraint Christophe de décréter l'exemption des taxes [1^57]. Fort de la défé-