‹ Rome et ses papesChapitre 72 sur 197 · LIVRE I , CHAPITRE XI. l5l · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPITRE XI. l5l

rence royale , le prélat assemble un concile , qui déclare que l'offense faite à un évêque , non vengée par la couronne , entraîne l'interdit de la nation tout entière. J'ai déjà dépeint l'interdit : le culte cessait , la prière devenait sacrilège et le jeûne devoir ; les temples étaient fermés ; les sacrements, excepté le baptême, demeuraient suspendus ; les prêtres priaient dans les abbayes , pendant que les malades , privés de leurs secours , expiraient souvent de remords , de faiblesse et de superstition. Les cadavres des morts gisaient sans sépulture sur les grands chemins ; les mariages se célébraient dans les cimetières. L'isolement était une loi : on ne pouvait se voir , se saluer , ni même se couper la barbe; c'était , en un mot , l'imposition de l'état social le plus opposé aux coutumes du temps , le plus épouvantable aux yeux des hommes mus et conduits par la crainte de Dieu. Alexandre IV ratifia les canons de l'assemblée , et Christophe , ferme au combat , trembla devant des prêtres. Il résiste par voies détournées; mais Etuansen animé de nouveau son diocèse. Les grands murmurent et leurs châteaux sont pillés. Incarcéré enfin par trahison , l'archevêque fulmine encore contre son roi , pendant que les prélats lancent de toutes parts les censures de Rome.

l5l ROME ET SES PAPES.

Alors Christophe soumet le différend au pape ,

mais l'homicide finit l'affaire , et le faible monarque tombe empoisonne par une hostie.

[1.26 1-68.] Urbain IV et Clément IV imitèrent leur prédécesseur. Le premier régna peu ; mais il eut le temps d'exaspérer son pays , et Rome eut celui de se déchaîner plusieurs fois contre ses exactions. Il renouvela l'excommunication de Mainfroi , et offrit la couronne de Sicile à Louis IX , qui la refusa. Louis avait un frère , Charles d'Anjou , qui l'accepta sans scrupule. — Alors les aventuriers pullulaient ; la spoliation d'un excommunié passait encore pour une voie de salut. Charles a bientôt une armée entre en Italie , se fait couronner à Rome , défait et tue Mainfroi à Bénévent , et jette en prison la veuve et les enfants du vaincu. Il fut cruel comme un vainqueur du temps. Après cela , le légat romain priva de sépulture le cadavre de Mainfroi ; d'Anjou s'obligea au paiement annuel de trois mille onces d'or pour la mouvance de son nouvel État , promit d'abandonner la charge souveraine de sénateur de Rome dont il était investi , et resta roi.

La maison de Souabe n'attendait pour s'éteindre que la mort de Conradin , fils du malheureux Conrad IV , et celle de Frédéric , duc

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