‹ Rome et ses papesChapitre 73 sur 197 · LIVRE I , CHAPITRE XI. l · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPITRE XI. l

d'Autriche , son cousin. Les lambeaux de cette illustre race contrariaient bien des vues ; mais les deux princes étaient prisonniers ; leur perte fut résolue.

. Clément IV , consulté , n'ose rien répondre. Un chrétien lui offre deux chrétiens en holocauste, et il ne frémit point. On accuse les princes d'avoir pris les armes contre l'Eglise : un tribunal s'organise, où la passion conseille , où l'usurpation commande , et les jeunes captifs , condamnés, tombent sous le fer d'un bourreau. Le nom français vient se mêler au sang de ces annales ; mais rendons justice aux soldats de saint Louis ; un gentilhomme , le comte de Flandre, plein d'horreur, étendit à ses pieds le notaire qui prononça l'arrêt. Certes , le châtiment n'atteint pas le vrai coupable ; mais il frappe la maxime , et , pour le temps , le mouvement est noble.

Clément éprouva la mortification d'anathématiser sans succès. Quand Conradin arriva d'Allemagne , Rome l'accueillit et le fêta en dépit du saint-père. En vain des bulles foudroyantes déclaraient Conradin indigne du titre de roi de Jérusalem et de Sicile ; en vain les villes fidèles à l'héritier de Frédéric étaient frappées d'interdit ; sans les armes de Charles

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d'Anjou, celles de Clément demeuraient impuissantes. Sa participation au meurtre de Tinfortuné Conradin semble hors de doute. Clément voulait étouffer cette antique branche de Souabe qu'il traitait de race maudite de Dieu , en horreur à l'Eglise et à la confiance humaine. Il avait été marié avant d'être pape. On lui doit peut-être des éloges, non parce qu'il fit ses filles religieuses , mais parce qu'il pouvait en faire des princesses.

Alors quelques portions de l'Europe se développaient péniblement. En France , la justice se formait : les duels juridique s étaient abolis. Le clergé, seule fraction de la nation qui fût vraiment instruite , songeait à opposer des limites aux empiétements de la cour romaine. Insensiblement les maux et les dangers communs ressuscitaient lentement la pensée par la recherche du bien ; car c'est le mal et non le bien qui forme la pensée de l'homme. Le calme assoupit l'intelligence. 11 faut des désordres pour créer ce qui s'appelle expérience ; il faut passer par le pire pour arriver au mieux.

Au grand déplaisir des papes , les Français ivaient reçu de leur roi cette pragmatiquesanction qui fixait les droits du saint-siége , et déclarait le royaume dépendant de Dieu seul.

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