‹ Rome et ses papesChapitre 74 sur 197 · LIVRE I , CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPITRE XI

Cependant quand Louis IX , sur le déclin de la vie , imagina cette funeste croisade qui lui valut un tombeau sur une terre étrangère , soit scrupule ou terreur , il était peut-être le plus grand papiste de ses Etats. Faible , scrupuleux, quelquefois sans doute il tenait tête à des prélats , et savait foire rentrer dans l'ordre ces évêques de Reims ou de Rouen , et tant d'autres présomptueux qui voulaient qu'on confisquât à leur profit les biens des malheureux excommuniés qui laisseraient écouler un an et un jour sans acheter leur absolution. Toutefois Clément IV redouta l'absence d'un prince dont le zèle outré tolérait un grand inquisiteur , et livrait à la torture ceux qui juraient le nom des saints. Il voulut le retenir ; il s'opposa d'abord à l'expédition chrétienne , sans que nul conçut les motifs qui le faisaient agir , et finit par accorder au monarque croisé le dixième des revenus du clergé pendant trois années h

l Un cordelier , envoyé par le pape , fut autorisé par Louis IX à exercer ses fonctions d'inquisiteur à Toulouse, à Paris, en Champagne , en Bourgogne et en Flandre ; Saint-Louis lui-même voulut se faire cordelier.

Pendant ce temps une contrée voisine de la France , la Bretagne , se soulevait contre son prince, parce

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que le duc Jean-le-Roux, fils de Jean Mauclerc , était allé jurer aux pieds du pape de maintenir les prêtres dans les injustes privilèges qu'ils s'étaient arrogés. Jean Mauclerc avait lutté avec succès contre le pontife Grégoire IX. On l'avait vu protéger les excommuniés et les recevoir à sa cour , réunir a sa couronne des biens ecclésiastiques et saisir jusqu'au casueldes prélats. Jean-le-Roux négligea cet exemple et la guerre civile désola son royaume. Le tiers-état , la noblesse protestèrent contre sa soumission. Des barons s'armèrent et le clergé de son côté mit en campagne des compagnies'soldécs. Cependant, s'il faut ajouter foi aux historiens bretons, les prérogatives que réclamait l'Église étaient bien faites pour révolter les fidèles. Le clergé s'était attribué le droit de dépouiller, l'époux survivant du tiers delà succession du défunt. On avait entendu les évêques convoquer les chevaliers et les gens de guerre, repousser la juridiction du duc , refuser de lui prêter serment , octroyer des lettres de naturalisation , de bourgeoisie , de noblesse , exiger qu'on inscrivit leurs noms en tète des actes judiciaires et que les années recommençassent dans leurs diocèses à chaque installation nouvelle. De plus, ils savaient soustraire aux lois les plus criminels , spéculaient sur les ordinations , la provision des bénéfices , .et invoquaient sans cesse une possession instantanée comme un titre.

C'est encore vers cette époque que parurent les Pastoureaux, nouveaux croisés qu'assembla l'annonce de la captivité du roi français. Ils pillèrent de vastes portions du royaume ; leur chef était hongrois.

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