CHAPITRE DOUZIEME
Grégoire X. — II établit le Conclave. — Rodolphe de Habsbourgyempereur d'Allemagne.
— Nicolas III, patriarche du népotisme, fixe les Etais de l'Eglise. —Martin IV, saint. — Vêpres siciliennes. —Fin des croisades sous Nicolas IV. — Célestin IV, bon pape, abdique. — L'ordre Teutonique. .
Les papes ont souillé leur mémoire par cette ambition fiscale qu'ils se transmettaient entre eux comme une hérédité forcée. Sans ce vice , peutêtre , plusieurs laissaient un saint nom ; car autant la dignité pontificale est touchante et sublime lorsque l'Evangile est sa base, autant elle est hideuse lorsqu'elle s'arroge l'usage des passions humaines.
[ 1268.] A Clément IV succéda un prélat de Palestine , Grégoire X. L'esprit d'agrandissement , inhérent pour ainsi dire au saint T siége., fut son seul défaut, car il avait jle bonnes
mœurs , ce qui était rare. Les travaux de l'élection furent longs. Ce ne fut qu'après trois ans d'anarchie et de scandale , que six cardinaux , choisis par les factions , pourvurent à la vacance. Grégoire était absent quand il fut élu. A son arrivée , il crut prévenir des troubles ultérieurs , en imaginant de condamner les électeurs au jeûne jusqu'à fa nomination du saintpère. 11 décréta qu'à l'avenir ils seraient enfermés dans une salle commune qu'il nomma conclave et privés de toute communication extérieure. L'élection devait se faire dans trois jours, sinon la ration quotidienne des réclus était réduite à un seul mets , et après cinq autres jours , ils n'avaient droit qu'au pain et au vin. Ces dispositions furent prises et adoptées par le conseil général de Lyon , et tous les cardinaux jurèrent de s'y soumettre.
Cependant , depuis la mort de Frédéric II , l'Empire était en proie aux plus affreux tumultes. En vain les électeurs allemands avaient voulu adjuger la couronne à Richard d'Angleterre et à Alphonse d'Aragon, qu'Urbain IV avait impérieusement cités devant son tribunal ; en vain ils avaient désiré pour prince l'infortuné Conradin ; la confusion durait toujours. Quelquefois les rivalités des évêques