LIVRE I , CHAPITRE XII. I
et des seigneurs amenaient des accusations réciproques qui servaient à faire tomber des abus ; mais les prélats étaient tout-puissants ; les empereurs les avaient élevés pour les opposer aux seigneurs. Dans les campagnes , l'impunité encourageait le crime. Les nobles jugeaient leur cause par le sabre , et imposaient de la même manière les taxes les plus onéreuses. Aigries par l'injustice , à la fin , des nations songèrent à rompre leur joug. La Hongrie, la Pologne , le Danemarck s'affranchirent ; des ligues, des associations s'élevèrent, et de là ces villes anséatiques dont l'unité républicaine étonna le monde par sa persévérance , sa vigueur et le bien-être qui les suivit.
En Italie aussi, les vassaux refusaient la dîme, et les cités , enflammées par l'espoir d'être libres, déclinaient la suzeraineté germanique.
L'Empire se décomposait , la couronne perdait tout son lustre quand Rodolphe de Habsbourg parut [1273]. Rodolphe était un général célèbre , capable , à plus d'un titre , d'arrêter le torrent des maux. Il appelait Rome l'antre du lion, pendant que l'Église grecque , trompée par Grégoire X , traitait les cardinaux et les pontifes de voleurs et d'oiseaux de rapines. Les princes et primats d'Allemagne > réunis, à Nuremberg, lui
l6o ROME ET SES PAPES.
octroyèrent le sceptre avec confiance. Le pape Grégoire kii-même , dans cette occurrence , noblement pacifique , reconnut le nouveau monarque , et , employant auprès d'Alphonse d'Aragon les voies de la douceur , il obtint de ce prince l'abandon de ses droits à l'empire.
Grégoire commit un délit en approuvant l'établissement des congrégations régulières au mépris d'un concile de Latran , qui prohibait d'en créer de nouvelles. 11 abusa de sa charge en s'immisçant dans les affaires temporelles des rois chrétiens ; mais tant de précédents subsis- s taient dans les annales romaines, qu'un pape eût été criminel en craignant de s'y conformer. Pendant que Jacques I, roi d'Aragon , battait les Maures et introduisait l'inquisition dans ses Etats , Grégoire , peu reconnaissant , l'excommuniait parce qu'il délaissait sa femme pour une concubine. Déjà une première fois Jacques avait encouru le ressentiment du saintsiége. Selon quelques-uns , un évêque son confesseur ayant osé transmettre au pape les révélations royales , Jacques avait fait arracher, la langue à l'intame , et le pontife avait censuré la trop sévère justice de l'offensé. — La punition du monarque fut de mourir en pénitent.
Trois pontifes passèrent rapidement de la