‹ Rome et ses papesChapitre 78 sur 197 · LIVRE I , CHAPITRE XII. l · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPITRE XII. l

empereurs et porta ses coups ét ses intrigues autre part. Nicolas supprima au profit de son trône cette dignité de patrice ou sénateur, sorte de tribun du peuple nommé par le peuple même, et dont l'influence servait de digue à l'ambition du clergé dahs Rome.

[1280.] Martin IV lui succéda ç mais son élection n'eut lieu qu'après six mois de conclave. Charles d'Anjou , roi de Naples , menacé par Pierre III d'Aragon , que Nicolas avait appelé à l'envahissement de la Sicile, fut le fauteur du trouble. Il sentait le besoin d'être l'ami du pontife , et fittriompher Martin son compatriote.

Nous arrivons aux Vêpres siciliennes. Un gentilhomme de Palerme , Jean de Procida , humilié par le roi Charles , a porté sa haine à la cour de Pierre d'Aragon et lui a demandé des armes. Pierre est le gendre de.Mainfroi ; il doit faire valoir ses droits sur Naples , il doit punir l'assassinat juridique du malheureux Conradin. Rome l'excite à la vengeance et Jean de Procida part avec une armée. La conquête fut lente , mais les siciliens abhorraient les officiers de Charles; Charles lui-même était absent. Un jour , c'était le lundi de Pâques , les cris d'une

jeune femme se firent entendre , le tocsin sonna et tous les Français furent massacrés. Le carnage

l64 ROME ET SES PAPES.

ensanglanta l'île et dura pendant un mois. On épargna deux Français parce qu'on les trouva vertueux , ou plutôt parce qu'on voulut donner à cette horrible action l'apparence d'une justice. Selon quelques-uns Palerrae priait , lorsque la cloche des vêpres donna le signal de mort. Delà le nom de vêpres siciliennes [128]. Nicolas III, dit-on , avait préparé le complot.

Martin excommunia Pierre d'Aragon et ses adhérents. Il repoussa même les envoyés de la Sicile qui venaient solliciter son pardon et la mit en interdit tout entière. Toutefois les censures restèrent sans effet. Il était peu politique de frapper d'un seul coup un peuple et son monarque ; car le châtiment devenant commun , l'unité nationale ne se dissolvait pas. La Sicile foudroyée par Rome resta fidèle au prince excommunié , et les prêtres eux-mêmes continuèrent paisiblement leurs offices. Martin déclara bientôt Pierre déchu du sceptre d'Aragon , offrit à Charles de Valpis la couronne de son entffimi , et poussa la haine jusqu'à prêcher contre lui une croisade , qu'un roi de France commanda. Bans ces circonstances, Pierre, par une * ; ironique, prenait le simple titre de * d'Aragon. La guewe n'était pas finie quand le pontife mourut..

LIVHE I , CHAPITBE XII. l65

Martin IV est au rang des saints. Il avait été chancelier de Louis IX. Durant son pontificat , l'Église grecque affaiblie tenta une réconciliation ; mais Martin demanda l'obéissance sans discussion préalable ; il excommunia Michel Paléologue , et le schisme de désunion continua. — Cet homme était savant , lettré et faisait des miracles , si Ton en croit les moines : le serment du pape le gâta. L'histoire lui reproche d'avoir fomenté des divisions en Europe avec les sommes quêtées pour la délivrance de la Terre-Sainte. Sans l'orgueil de la mitre romaine, il pouvait briller parmi les premiers princes de la Rome moderne.

Après lui vint Honoré IV, qui continua sou règne [i285].

Le prince de Salerne avait été fait prisonnier d'État , après une défaite navale , et se voyait menacé du sort de Conradin. Charles d'Anjou , son père , expire de chagrin à la nouvelle de ces revers , et le captif, alors roi par hérédité , cède les droits paternels pour solder sa rançon. Mais Charles II est l'ami de Rome ; il sort de prison et vient implorer Honoré qui casse le traité comme imposé par la violence [1288]. Pierre d'Aragon n'était plus. Le pape lui-même mourut , et force fut à Nicolas IV, son successeur ,

i66 ROME ET SES PAPES.

de renouveler l'anathême contre Jacques II , fils de Pierre , les Âragonais et les Siciliens , qui persistaient à reconnaître le roi dê Sicile dans ce prince , au détriment de Charles II. La querelle se prolongea pendant tout son pontificat.

A cette époque , l'enthousiasme des croisades périt. Ptolémaïs fut prise : toute la Palestine fut perdue. En vain Rome s'agita. La pr^dominence du principe théocratique , jointe au peu de sécurité des villes , avait pu généraliser la manie de ces expéditions fantasques ; mais ces causes avaient perdu de leur force. Déjà il y avait moins de petits fiefs , et conséquemment moins de petits tyrans. Le goût de la vie errante achevait de s'étendre , et les bourgeois des cités trouvaient leurs foyers plus paisibles qu'au temps de Pierre l'Hermite. La noblesse seule ne s'asseyait point ; et pendant que les grands fiefs se formaient , les roi» , dont l*autorité commençait à se définir , sentaient le besoin de veiller sur les gradins de leurs trônes. — Les lettres du saint-père furent donc inutiles. Ses légats échouèrent. Chacun par raison resta Chez soi.

Nicolas IV avait été moine franciscain.

Comme pasteur chrétien , on dit qu'il fut saint homme ; comme prince il fut intrigant et brouil-

Page 1