‹ Rome et ses papesChapitre 80 sur 197 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

Boniface VIII, grand politique. —Son despotisme et ses vices. — Sa lutte avec Philippele Bel. — Benoît XI bon pape , meurt empoisonne'. — Clément V, émule de Boniface.

— U empereur Henri VII en Italie. — Affaiblissement de la puissance papale par la translation du siège à Avignon. — Les Templiers brûlés.

[1 294.] Si depuis Grégoire VII et Innocent IV l'autorité papale semble s'être légèrement affaissée , elle va , sous Boniface VIII , redonner de la vie aux principes de sa puissance , et arracher de l'opinion son ancien lustre et sa splendeur. — Je le répète , par puissance papale , j'entends puissance temporelle ou laïque. Le mot puissance répugne à s'adapter à la dignité d'un pasteur de chrétiens. Toutefois j'approuve et j'aime la puissance spirituelle dans le pape en tant qu'elle est une , isolée , sans mélange terrestre , et qu'elle trouve dans le saint Évangile ses règles et ses bornes. Je passe outre.

C'est Boniface VIII qui érigea eu dogme cette prétention ultramontaine de disposer des cou«ronnes comme des bénéfices. Il tonna contre les monarques de France et d'Angleterre , traitant de manichéens ceux qui s'avisaient de séparer le pouvoir des rois du pouvoir exercé dans Rome. Il citait les potentats à son tribunal , et ses paroles étaient des ordres.

Philippe-le-Bel régnait en France , et avait armé contre lui l'Angleterre et l'Empire. Boniface paraît dans la querelle comme arbitre ; sa bulle est mise en pièces. Philippe menacé multiplie les taxes. Voulant alléger la misère du peuple , il ne craint pas d'imposer le clergé ; le pontife s'irrite , met le roi , la nation en interdit, et déclare frappés d'anathême les collecteur^ de la subvention et les ecclésiastiques assez faibles pour l'acquitter.

Le clergé français s'indigna. La patrie était en danger : il paya.

En vain Boniface fulmine. Il trouble les consciences par ses censures , ofFre la couronne de son'ennemi au roi d'Angleterre et à l'Empereur qui la refusent : Philippe ne s'émeut pas. Une correspondance pleine de fiel et de basses injures s'établit entre les deux rivaux. « J'aimerais mieux être chien que français , dit Boniface ; tu

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