LIVRE I , CHAPITRE* XIII. I7I
nous es soumis pour le temporel et pour le spirituel , écrit-il à Philippe ; ceux qui pensent autrement sont des insensés (fatuos).
« Salut fort mince ou plutôt aucun au nommé Boniface , qui se fait appeler souverain pontife , répond Philippe ; il n'y a que des insensés , etc.
Cet homme joignait à son orgueil tout le libertinage de la vie privée. Il eut plusieurs enfans pendant son pontificat. Il est vrai de dire que , dans la haute dignité dont il était investi , il voyait bien plus le pouvoir absolu d'un despote qu'une injonction d'humilité chrétienne. II se considérait en prince souverain ; et dès-lors le besoin de mettre sa conduite en concordance avec ses idées lui interdisait toute privation. Il craignait qu'en n'usant pas de la liberté que s'arrogent les princes séculiers , on trouvât leur puissance moins limitée que la sienne , et de là vient qu'il imita ces princes en ce qui chez eux alors n'était pas tout-à-fait vice. Comme pape , il fut simoniaque et hérétique. Il abusa du texte de l'Écriture , nia l'immortalité de l'ame et prit plaisir à dire que toutes les religions sont égales. — C'est lui qui canonisa Louis IX , en 1297.
Jacques , devenu roi d'Aragon par la mort d'Alphonse , avait pacifiquement abandonné la Sicile à Charles II. Mais cette fois encore la do-
mination française exaspéra les Siciliens. Tonte l'île prit les armes et choisit pour roi Frédéric , 'son gouverneur , et frère de Jacques luimême [1296]. Boniface foudroya le prince qu'un peuple libre s'était donné. A sa voix , Jacques devint l'ennemi de son frère ; le roi de Naples , Charles de Valois , et Rome réunis attaquèrent le nouveau monarque par des armées et des conspirations. Mais Frédéric , intéressant par ses malheurs , triompha. La nation l'entoura , car les peuples voient des pères dans les princes qu'ils choisissent.
Boniface excommunia :
Edouard fc T , roi d'Angleterre , parce que Edouard se prétendait maître de l'Ecosse et que lui pontife romain la revendiquait comme sa propriété.
Venceslas IV, roi de Bohême , parce qu'il ne repoussa pas la couronne de Hongrie que lui , pontife romain , destinait au petit-fils de Charles II de Naples.
Frédéric et tous. les Siciliens , comme ennemis de ce même Chftrles.
Éric , roi de Danemark , parce qu'il avait su punir un archevêque coupable.
Et l'empereur d'Allemagne lui-même, Albert d'Autriche , en l'accusant du meurtre du