‹ Rome et ses papesChapitre 82 sur 197 · LIVRE ï, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE ï, CHAPITRE XIII

comte de Nassau que ce prince avait vaincu en bataille rangée.

Sa famille ne put se soustraire à ses coups.

Quand les Colonne , ses parents , osèrent lui reprocher son orgueil , il les accabla de censures et les déposséda du cardinalat et de leurs biens.

•Aucune terre catholique n'échappa à son audace et à ses violences ; et le bruit de son omnipotence prétendue divine retentit dans tout le monde chrétien. Il brisa les liens de famille , bouleversa les royaumes, et lança de toutes parts des brandons de discorde. A Rome , il se montrait en public tantôt avec la mitre , tantôt avec la couronne impériale.

Esclave des événements , il varia selon leur cours. Il avait excommunié Jacques II d'Aragon et Albert d'Autriche , fils de Rodolphe ; on le vit absoudre ces deux princes , quand il eut besoin du premier contre Frédéric , et du second contre la France.

En Castille , il légitima à prix d'argent le mariage d'un roi décédé , afin d'écarter un concurrent de Ferdinand IV, l'infant de la Cerda.

Lorsque Philippe-le-Bel fit arrêter l'évêque de Pamiérs , Boniface , en qualité de juge compétent des rois en toutes matières , exigea la mise en liberté du prélat conspirateur ; mais Phi-

lippe en son conseil répondit par une menace de déposition. En vain le pape lança l'interdit ; en France , comme en Sicile et dans F Aragon , les censurés de Rome étaient un objet de mépris ; on n'en tint aucun compte : on brûla sa bulle.

Philippe se lassa , envoya des troupes et Nogaret à Rome , et le pontife fut forcé dans sa ville natale. Les Colonne, Gibelins forcenés, levèrent alors l'étendard de la révolte , se saisirent du pape et le frappèrent ; on voulut le contraindre d'abdiquer ; il menaça les traîtres. Traîné enfin jusqu'à Rome , il y mourut misérablement en se mordant les bras dans ses accès de rage.— £ 1 3o3 .] On affirma dans ces temps que le malheureux Célestin lui avait dit : « Tu as obtenu la papauté en renard , tu régneras en bon , et tu mourras en chien. » •

Boniface VIII imagina le jubilé , et fonda cette Notre-Dame-de-Lorette qui , pendant des siècles , devait engloutir tant d'offrandes et inspirer tant de pèlerinages. Des vagabonds crédules accouraient du bout du monde pour rapporter dans leurs foyers*des années d'indulgences et de pardons^ Un voyage à Notre-Dame-de- • Lorette relevait d'un vœu , en accomplissait un autre ; l'argent était le régulateur des grâces : plus on payait et plus on obtenait. La chapelle

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