‹ Rome et ses papesChapitre 84 sur 197 · LIVRE I , CHAPITRE XIII. fin · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPITRE XIII. fin

suzerain , du royaume de Naples , moyennant mouvance de 8000 onces d'or. — Tout semble apaisé. Mais l'empereur Henri VII , comme possesseur légitime du domaine concédé , s'offense. Non moins brave que Frédéric II , ce prince imagine de relever l'antique empire d'Occident. Les Guelfes et les Gibelins déchirent toujours l'Italie , les républiques se haïssent , une coalition est impraticable ; il passe brusquement les Alpes , pendant que le saint-père se ligue avec Robert et la Toscane. Bientôt il a conquis tout le territoire du nord et du centre. Le pape a fui devant lui. Appelé par la faction des Colonne , le prince vient à Rome , se fait couronner par trois cardinaux ; déjà même il se dispose à punir Robert , son vassal ; mais un dominicain empoisonne une hostie : le vainqueur trouve la mort à la sainte table , et l'Italie est sauvée par un forfait sacrilège. — Le pape condamna sa mémoire.

Dans l'intervalle , Clément V avait transféré sa cour à Avignon ; il avait quitté Rome au moment du danger. Avignon , après avoir eu sa république , avait appartenu au roi de France , et était alors sous la domination napolitaine. — La translation du saint-siége altéra son autorité.

Clément V, comme Boniface VIII , fut avide

et déprave. Sa concubine vivait dans son palais. Il enrichit sa famille, augmenta le prix des grâces pontificales , et conféra au plus offrant les charges et les bénéfices. Le plus grand de ses contemporains , Dante , Ta flétri. — Une fois , cependant, Clément V se montra généreux. La belle église de Latran , dont Constantin jeta les fondemens , venait d'être dévorée par les flammes ; le pontife envoya des sommes immenses d'Avignon , et la basilique fut relevée.

Dans ce temps , le clergé était sans moralité et offrait de toutes parts l'exemple du scandale. Frédéric , roi de Sicile , disait que l'immense iniquité des princes de l'Eglise déversait le doute sur l'Évangile et les apôtres ; des esprits chagrins osaient discuter la révélation , parce que les hommes étaient pervers. L'édifice de la puissance papale s'ébranlait ; mais il s'ébranlait lentement , car les masses étaient aveugles. Le nom du père commun des fidèles faisait trembler comme celui d'un tyran. L'inquisition alimentait la terreur ; elle venait d'étendre son bras sanglant sur Venise et sur une grande portion de l'Italie.

Sous le pontificat de Clément V, un ordre de chevaliers qui avait commencé par les aumônes, grandi par la rapine et que des conciles avaient

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