CHAPITRE QUATORZIÈME
Jean XXII à Avignon. — L'empereur Louis V
de Bavière. — Benoît XII à Avignon. — Clément VI à Avignon. — Louis V déposé.
^--Charles IV , empereur. — Avignon réuni au domaine de l'Église. — Orgueil, avidité, puissance du saint-siége. — Innocent VI , bon pape, à Avignon. — Révolte des Romains.
Rienzi, tyran. — Sa mort.
* Jean XXII succéda à Clëment V. C'est à lui qu'appartient Y Ego sum papa*. Il se nomma luimême après deux ans et demi de conclave[i 3 16]. Il siégea à Avignon, circonstance qui fut utile à la France , parce qu'elle y attira le haut clergé qui presque seul alors , avec les gens de loi , savait écrire et lire. — Philippe - le - Bel avait chargé la nation d'impôts , et l'avait dégoûtée par ses mauvaises mesures ; mais le tiers-état était formé ; déjà il y avait dans le citoyen plus de connaissance de soi , moins d'aptitude à la
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servilité et plus à la résistance. — L'oppression féodale diminuait. Un nouvel ordre de choses enfantait des pensers nouveaux. On voulait, les vœux étaient incertains , mais la violence des plaintes publiques avait pu conduire le roi au tombeau. — Louis X , fils de Philippe , vint affranchir les serfs' de ses campagîfès , et quelques-uns de ses courtisans l'imitèrent. La liberté fut achetée , il est vrai ; elle fut vendue aux paysans comme on l'avait vendue aux bourgeois des villes , par besoin d'argent et non par équité, mais elle fut rendue, c'était beaucoup. Ainsi on accordait la vie aux juifs moyennant des rançons énormes , on les chassait après les avoir pillés , pour les rappeler et les piller encore. Nos rqis d'alors tourmentaient ces infortunés pour confisquer leurs dépouilles , et les pontifes se taisaient quand ils trouvaient une belle occasion d'être justes. On disait que le calcul du commerce était un vol , et le vol un crime , puis on les livrait aux flammes comme escrocs , parce qu'ils étaient industrieux , et comme sorciers , parce qu'ils savaient s'enrichir. Si l'opulence des Templiers , au lieu d'être toute consommée et immuable , eût été comme celle des juifs le fruifed'une industrie constamment productive ; sané doute on les eût
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dépouilles , mais on les eût laissés vivre. Rome cependant ne repoussa point les juifs. Un concile de Latran de 1 1 1 5 leur avait enjoint de porter une marque distinctive ; ce fut la seule persécution qu'ils essuyèrent. — Alors plusieurs villes d'Italie vivaient libres , en république , sans empereurs et sans papes. — Trois hommes courageux 1 avaient délivré la Suisse du joug de ses tyrans, et l'Empire avait même reconnu son indépendance. — Ainsi l'espèce humaine semblait marcher, et marchait bien sensiblement vers l'époque de son développement.
Dans l'intervalle , la fin misérable de Henri VII avait rempli l'Allemagne de troubles. La dignité impériale était élective , et deux princes, Frédéric d'Autriche et Louis V de Bavière , en avaient été solennellement investis. Tout-àcoup Jean XXII intervient avec la fierté romaine , et s'arroge le droit de choix quand les électeurs ne sont point unanimes. Mais les deux rivaux prennent les armes : Frédéric vaincu et prisonnier acquitte sa délivrance par une abdication , et Louis V reste maître du champ de bataille et de la couronne. Dans cette conjoncture , Jean le méconnaît ^encore ; il lui im-
1 Melchtal , Staufaccher et Valter ïurst.
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pute l'usurpation du titre de roi des Romains et l'excommunie. L'Allemagne et l'Italie ont prêté serment aux aigles du vainqueur , le pontife leur permet le parjure ; il enjoint au clergé d'abandonner l'hérétique , accable le monarque des plus abominables injures ; une bulle même le dépose.
L'empereur répond par des manifestes pleins de sens et de saine logique. « J'appelle à l'univers chrétien de l'homme qui se prétend pape , dit-il ; Celui-là est un impie , qui méprise l'humilité de Jésus-Christ, blasphème son saint nom , profane et foule aux pieds sa religion , ses maximes et ses dogmes. » Il vient à Rome , convoque le peuple et les grands , élit pour nouveau pontife Nicolas V , se "fait couronner par sa main, dépose et condamne au feu, comme coupable de lèse majesté et d'hérésie , l'auda cieux Jean XXII , qu'il a déjà publiquement traité de loup , d'ante-christ et de Satan.
Mais la faction guelfe était puissante à Rome. Aux cris d'un Colonne , les Romains courent aux armes. Le roi de Naples , ami du pape , se présente devant les remparts avec "une forte armée. Louis V recule et rentre en Bavière ou des troubles le rappellent. Alors Jean reprend son ascendant, et bientôt l'anti-pape Nicolas V est