‹ Rome et ses papesChapitre 88 sur 197 · LIVRE I , CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPITRE XIV

parts la toute-puissance du serviteur des serviteurs de Dieu. Il ne vit point^Rome.

Il tenta de réconcilier le saint-siége avec l'Empire ; mais ses propositions , entachées de la présomption papale , furent re jetées , et Benoît mécontant lança ses foudres contre Louis V. L'empereur le brava. Une diète, assemblée par lui , assigna au trône .pontifical ses privilèges et ses limites ; et cette diète fit beaucoup de bruit dans le monde , parce qu'ellè séparait les papes des successeurs de Charlemagne et déclarait l'Empire indépendant du Saint-Siège.

Le roi de Sicile était mort et Robert de Napies disputait à Pierre II l'héritage de Frédéric. Benoît prêta à son voisin l'assistance de ses censures, mais Pierre , comme son père, sut rester roi. A l'exemple de ses devanciers , Benoît XII intervenait dans les affaires publiques des Etats les plus éloignés. On dit qu'il aima la sœur de Pétrarque.

Philippe de Valois régnait en France et Edouard III en Angleterre, lorsque Clément VI, Français d'origine , parvint à la chaire d'Avignon.

Son premier acte fut de casser les nominations faites par ses prédécesseurs en disant m qu'ils n'avaient pas su être papes » et de pour-

l88 ROME ET SES PAPES.

voir ensuite aux emplois par de nouveaux brefs lucratifs. Ayant e'choue' dans ses tentatives d'aecommodement avec l'empereur , il eut l'audace de* proposer à Louis l'option entre une reconnaissance de vasselage et la déchéance. Le vieux monarque soumit la bulle h la diète qui la repoussa comme avilissante , et le pape alors osa ordonner aux électeurs de déposer leur prince. Les électeurs se soumirent. Après de vifs débats, Louis fut déclaré indigne, et Charles de Luxembourg , petit-fils de Henri VII , proclamé roi des Romains.

Cependant l'Allemagne détestait l'élu de l'intrigue et la guerre s'alluma. L'empereur envoya son fils contre les rebelles.- Mais Louis V était le plus faible. Le poison l'atteignit bientôt : il mourut ; et peu à peu l'argent , les anathêmes et les indulgences d'Avignon écartèrent les ennemis de Charles. En vain ce dernier fut traité d'usurpateur; en vain une diète déclara son élection nulle et offrit la couronne au roi de la Grande-Bretagne , le favori du pontife achetait au poids de l'or les droits de ses concurrents. Tous les obstacles furent aplanis , et Charles IV se vit enfin couronné à Aix-la-Chapelle.

Ce prince paya un sceptre par la basse turpitude d'un esclave. Tout ce que Louis V avait

Page 1