‹ Rome et ses papesChapitre 89 sur 197 · LIVRE I , CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPITRE XIV

rejeté , il l'accorda par reconnaissance et lâcheté. Il fit le voyage de Rome à pied , soumis aux pratiques les plus dégradantes , couvert d'opprobre et d'humiliation par toutes les villes qu'il traversait. Il rampa comme le dernier des hommes , pour complaire à la cour d'Avignon.

Clément satisfait n'en exerça qu'avec plus d'or- ♦ gueii les prérogatives de sa prééminence prétendue. Il trancha sans scrupule dans les affaires temporelles de Naples et de la Sicile ; octroya à un prince castillan la souveraineté des Canaries, îles idolâtres que le concessionnaire ne conquit point ; mais sa plus grande gloire fut d'acquérir au saint-siége la possession d'Avignon. La reine de Naples la céda.

Cette ville , originairement la propriété des comtes de Toulouse , avait profité des troubles qui s'élevèrent après l'extinction de cette maison pour s'ériger en république. Réduite vers le milieu du XIII e siècle , elle passa en partie aux rois de France et Philippe-le-Bel la donna en dot à son frère Charles de Valois , époux de Marguerite de Naples , petite-fille de Charles d'Anjou. Depuis lors elle dépendait de la couronne de Naples. — Le roi Robert n'était plus, et Jeanne I re , sa fille , tenait en main les rênes de l'État. Ses faiblesses et ses malheurs l'ont

rendue célèbre. Accusée du meurtre de son époux par le roi de Hongrie , frère de ce prince, elle eut recours au pontife. On disait dans la chrétienté qu'elle avait tissu de ses mains le cordon qui étouffa sa victime. Quoi qu'il en soit, la cession d'Avignon fut le prix de l'absolution papale. La ville fut vendue moyennant quatrevingt mille florins d'or , et l'innocence d'une reine criminelle fut proclamée par un saintpère. Jeanne se maria quatre fois et n'eut pas d'enfants. Nous la verrons bientôt prisonnière dans sa capitale , puis enfin étranglée par un fils adoptif. — L'empereur Charles IV confirma l'aliénation d'Avignon et la somme stipulée ne fut jamais payée.

Le jubilé n'avait été sous Boniface VIII qu'une création purement intéressée digne de ce qu'on nommait l'esprit hébraïque. Il était séculaire , Clément VI en ordonna deux par cent années [i348]. La peste qui régnait alors consternait les consciences , pendant que les flagellants, le corps en lambeaux, rouges de leur propre sang , jetaient la terreur dans les villes par leurs cris de miséricorde. Leurs souillures fanatiques excitaient les meurtriers et les séditieux. La calamité publique était à son comble. On raconte que lors de la publication du jubilé

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