‹ Rome et ses papesChapitre 97 sur 197 · LIVRE I , CHAPITRE XV. 2o · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPITRE XV. 2o

d'une renonciation semblable. Pourquoi dèslors pourvoir à la nomination d'un nouveau pape , quand la longue ténacité de Benoît XIII d'Avignon ne permettait pas de penser que cet acte le fît fléchir? Une voie de concorde était ouverte : c'était la reconnaissance de ce dernier ; mais chaque électeur avait l'espoir de devenir l'élu ; on la repoussait donc , puis un serment d'humilité apparente plâtrait l'ambition commune i aux yeux du monde chrétien. — Grégoire était Vieux ; il aVait la réputation d'un homme de bien , et ses nobles protestations le fendaient cher aux Romains ; mais bientôt il s'entendit avec Benoît. Un pacte secret entre eux leur interdit de se démettre. Aucun ne devait céder le premier. Ainsi la collusion dissimula l'hypocrite mauvaise foi de ces deux hommes , et ces rivaux complices régnèrent parce qu'aucun d'eux ne voulut être vertueux avant l'autre.

A la fin le stratagème fut dévoilé. Le roi de France sollicitait un remède à tant de maux. Les cardinaux des deux cours , sans cesse avides d'élections , sentant de plus qu'un tel (f/tat de perplexité altérait le culte et l'influence de ses ministres , se réunirent , provoquèrent un concile dans fa ville de Pise , et déclarèrent hérétiques , parjures , scandaleux et indignes , les deux chefs

qu'ils avaient choisis. Les ambassadeurs des cours chrétiennes assistèrent à la délibération ; ordre leur fut enjoint de méconnaître les deux antagonistes , et la vacance ayant été décrétée , l'archevêque de Milan , Alexandre V , fut légitimement nommé et reconnu. >

Le schisme dura néanmoins. L'empereur Robert désavoua le concile , et les papes déposés rejetèrent les décrets. — Dans ses accès de furie , Benoît fulmina des injures contre le roi français , et le monarque blesse eut besoin d'une consultation en forme pour châtier un coupable. Charles VI exposa ses griefs à ses universités , à ses évêques et docteurs ; et, timide comme l'homme qui se croit criminel, mais, résolu comme celui qui voit qu'il ne l'est pas seul , il lança tardivement un mandat d'arrêt contre l'expontife. JJenoît fut arrêté. Mais , après plus de trois ans de prison dans son palais d'Avignon , il s'échappa déguisé. Une fois , après sa fuite , ses cardinaux et le roi Charles VI lui même lui prêtèrent encore vœu d'obédience : elle fut de courte durée. « 11 est Aragonais , il est du pays )» des bonnes mules , il faut qu'elles fassent à )» leur tête , » disait-on à Paris , en emprisonnant ses partisans et lacérant ses bulles. Peu à peu sa cour devint déserte , l'Eglise de France

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