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la magnificence de son fondateur. J'y ai remarqué deux superbes fresques du Dominiquin, représentant la vie de sainte Cécile, belles peintures de Michel -Ange (17) ; une Assomption du Bassan j beaucoup d'autres tableaux de mérite, et surtout, dans la sacristie, un petit tableau de la Vierge attribué au Corrège ; puis la façade ornée de deux rangs de pilastres doriques et corinthiens.
Cette après-midi , nous avons parcouru la ville presque tout entière, mon frère et moi; nous nous sommes arrêtés sur le Janicule et sur le Pincio , pour embrasser dans leur ensemble la Rome ancienne et la Rome moderne, la capitale du monde païen et la capitale du monde chrétien.
Je vais tâcher de vous la décrire, et, pour que vous me compreniez plus aisément, je vous en envoie un plan très-exact et Falbum de ses principaux monuments; car je veux que vous puissiez me suivre en esprit dans mes diverses excursions.
Vous savez, conmie tout le monde, que Rome, appelée jadis la ville aux sept collines, en comprend depuis longtemps trois de plus dans son enceinte.
Le Palatin est, pour ainsi dire, le berceau de Rome. C'est là que le roi Évandre , chassé de l' Arcadie par des sujets rebelles, vint se réfugier auprès de Faunus, roi du Latium , qui en fît son successeur ; c'est là que Romulus et Rémus furent trouvés sous un figuier par le berger Faustulus (18); c'est là que Romulus jeta en
terre sa lance de bois, qui prit racine et devint un cornouiller magnifique, qji'on voyait encore bien des siècles après.
Le Palatin, qui, sous la république , s'était couvert de belles maisons, habitées par les familles les plus distinguées (19), conserva sa suprématie sous l'empire; Auguste y fit bâtir le palais des Césars, dont on voit encore quelques ruines. Cette colline est maintenant occupée en partie par la villa Famese , échue en héritage au roi de Naples, qui en a fait enlever plusieurs statues et les objets d'art lés plus remarquables.
On m'a montré au pied du Palatin l'église dédiée à sainte Ânastasie, bâtie sur la maison même que la vierge martyre occupa jadis à Rome. De pieux souvenirs se mêlent aux tristes émotions que font naître tant de crimes passés , tant de grandeurs déchues , tant de gloires évanouies. Les deux reUgions, les deux peuples qui ont régné successivement dans cette ville illustre se révèlent à chaque pas, et le chrétien s'y console du néant des choses humaines par la pensée de ce bonheur étemel dont les élus, qui l'ont précédé dans la carrière, jouissent maintenant dans le ciel.
Le mont Capitolin , qui était avant Romulus un rocher nu et escarpé , est remarquable entre tous les autres par la forteresse que ce prince y fît bâtir, et qui prit le nom de Capitole, parce qu'en creusant les fondements du temple que Tarquin l'Ancien y avait fait élever à Ju-
piter, on trouva une tète d'homme; les augures, consultés sur ce présage , répondirent que la ville serait la capitale du monde. Les flancs de ce mont fameux renferment le cachot où saint Pierre et saint Paul furent enfermés avant d'être conduits au supplice , et Pon voit encore à proximité le lieu où saint Paul et saint Luc hahitèrent jadis.
Le Cœlius, envahi dès le temps de Tarquin par la population toujours croissante de Rome, fut surtout peuplé par les habitants d'Albe, que Tullus Hostilius (20) y étabht. Cette colline est célèbre , pour nous enfants de PÉglise, par le drame admirable qui s'y passa au m® siècle. Une dame chrétienne, nommée Cyriaque , avait fait construire dans sa maison un oratoire , où le diacre Laurent distribuait aux pauvres les aumônes des fidèles. Le préfet de Rome vint le sommer de lui remettre les trésors de l'Église. Laurent demande trois jours, rassemble les boiteux, les aveugles, les infirmes de toute espèce qu'il était chargé de secourir.
« Voilà, dit -il à Tavide préfet , les véritables trésors de TÉglise. »
Puis, déchiré de coups de fouet, il expie sur un brasier ardent sa sublime réponse; mais pendant cet affreux supplice son visage est rayonnant, il prie pour ses bourreaux et sourit au milieu des flammes ( 21 ).
L'Aventin fut peuplé par Ancus Martius, quatrième roi de Rome, qui y amena les habitants vaincus de
quelques villes voisines. Ce mont était préféré par les nobles romains; Camille, Pollion, Trajan y avaient leur demeure. C'est là que saint Alexis vécut pauvre et inconnu dans la maison de son père (22) , et que sainte Sabine pratiqua toutes les vertus chrétiennes (23). C'est là encore que naquit saint Grégoire le Grand dans la maison de sainte Sylvie, sa mère.
Servius Tullius, sixième roi de Rome, renferma le Viminal , le Quirinal et TEsquilin dans l'enceinte de la ville, qui avait alors environ trois lieues de circuit. La maison de Pudens, où saint Pierre demeura, existe encore au pied du Viminal; on peut voir sur le Quirinal celles de saint Gabinus et de sa fille Suzanne , qui préféra le martyre au triste honneur de devenir la femme du fils adoptif de l'empereur Dioclétien ; et Ton trouve sur l'Esquilin celle de saint Eusèbe.
Ce ne fut que bien plus tard, sous l'empereur Aurélien , que les nouvelles murailles de Rome comprirent dans leur enceinte le Pincio , appelé autrefois la Collinedes* Jardins, où Salluste et Lucullus avaient élevé des maisons de plaisance, et qui est encore couvert de charmantes promenades ; le Janicule , où résida Janus ; et le Vatican, qui fut dans les temps antiques le siège du gouvernement des Etrusques, où plus tard tant de milliers de chrétiens reçurent la couronne du martyre, et où s'élèvent maintenant, comme de glorieux trophées de leur victoire , le temple le plus magnifique
(le Tunivers et le palais principal des souverains pontifes.
L'enceinte de Rome, qui est loin d'être aussi vaste que sous l'empereur Aurélien, a encore environ six lieues de tour ; on y compte douze portes , huit sur la rive gauche du Tibre, quatre sur la rive droite. Les deux tiers de la ville sont couverts de jardins, de fraîches villas, de champs, de vignes, de bouquets d'ai^ bres, de restes de monuments ; on y rencontre à chaque pas, du côté du Forum surtout, une grande quantité de ruines, des arceaux brisés, des tronçons de colonnes, des arcs de triomphe, des restes de coupoles, des temples antiques, de vieux pans de murs, dont quelques-uns entrent même dans la construction de certains édifices modernes. Le tiers habité s'étend presque en forme de triangle de la porte del Popolo (24), qui en serait le sommet , jusqu'à la base qui serait tracée de Sainte -Marie -Majeure à l'Ile du Tibre par le Capitole. De cette superbe place del Popolo partent trois rues disposées en évantail qui coupent Rome en trois parties : l'une à droite, si on la prolongeait jusqu'au pont Sixte , la seconde entre Ripetta et le Corso , prolongée jusqu'au Capitole ; la troisième enfin entre le Corso et la rue del Babouino jusqu'à la place d'Espagne ; puis la longue voie qui conduit de la Trinité - des - Monts à Sainte -Marie -Majeure. Ensuite il ne reste plus d'habité que le bourg Saint -Ange el le Transtévère, sur