CARACTÈRE DE L'AMBASSADEUR
Franco et lieutenant de la compagnie de chevau-légers de sa garde, comme sur la personne de son royaume qu'elle a estimé la plus capable de s'acquitter dignement et à son entière satisfaction de cet emploi soit pour mieux soutenir le lustre et l'éclat qui convient à la grandeur et & la gloire de la première couronne de la chrétienté dans la cour qui est la plus exposée à la vue de toutes les autres nations, soit que, comme Rome est le chef du siège de rÉglise et du père commun et, par conséquent, un lieu où aboutissent ainsi qu'à leur centre la plupart des négociations et des intérêts des autres princes, il est d'autant plus nécessaire que le ministre qui y doit représenter la personne du Roi, ait joint beaucoup de connoissance des affaires du monde à une grande dextérité de les traiter et à une prudence consommée, ce qu'elle n'a vu concourir ensemble en aucun de ses sujets avec tant d'avantage qu'en la personne dudit sieur duc de Chaulnes, lequel, ayant l'honneur, et par le rang qu'il tient dans le royaume et par les prérogatives de sa charge (qui le rend domestique de sa maison), d'approcher de plus près qu'un autre sa personne royale, Sa Majesté a eu plus d'occasion de bien reconnaître que non seulement il ne lui manque aucune des qualités personnelles ni des accom-
cheyalier des Ordres en 1661 ; capitaine-lieutenant des cherau-lëgers de la garde le 30 juillet 1664. Il avait épousé Elisabeth le Féron, parente du surintendant Servien et veuve de Jacques marquis de Saint-Mëgrin. La carrière du duc de Chaulnes s'accomplit partie dans les ambassades, notamment à Rome où nous le verrons retourner deux fois encore ; partie dans les gouvernements, d'abord celui de Bretagne où il fut nommé en 1669, puis celui de Quyenne qu'il reçut en 1695. Il mourut en 1698.
Il est fréquemment question de lui dans les lettres de M"» de Sévigné qui l'appelait « le bon duc ». Saint-Simon lui consacre un article très important dans ses Notes fur les duchés-pairies.., (Hachette, 1883, in-8, pp. 45 et suiv.). Voici ce qu'il dit notamment de ses mérites diplomatiques : « Jamais personne n'avoit mieux réussi dans cette cour si superbe et si raffinée. Personne aussi n'avoit l'esprit plus souple, plus délié, plus fécond en expédients et en adresse et n*avoit un tour plus agréable et plus facile avec beaucoup de lumières et de solidité. Fort instruit, d'ailleurs, doux, poli, modeste, avec une gravité et une dignité qui le faisoient respecter, et une bonté, et une splendeur naturelle, car c'est trop peu dire que magnificence, et avec un air si simple et si aisé qu'il se faisoit adorer. Rien de plus trompeur que sa figure. Une tête de bœuf, un visage bourgeonné, écrasé, avec des lippes et des babines pour en faire quatre, sur un gros corps mat tout d'une venue qui ne se toumoit aussi que tout d'une pièce avec des mouvements fort lents et une parole pesante. W accabloit à voir, surprenoit a entendre et charmoit à vivre et à traiter avec lui. Aussi, fut-il l'idole de Rome, de la Bretagne et de tous les lieux où il exerça des emplois. »
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pagnements qu'elle veut trouver dans cette élection, mais qu'il les possède toutes au point qu'elle peut désirer pour remplir dignement son attente.
Trois motifs principaux ont obligé le Roi à ne différer pas plus longtemps le départ dudit sieur duc, mais au contraire de le hâter afin qu'il puisse arriver à Rome avant les grandes chaleurs.
Le premier est la consolation et l'avantage des serviteurs que Sa Majesté a dans ladite cour, dont les uns ont besoin de protecteurs pour être garantis des préjudices qu'on leur fait et les autres ne peuvent s'empêcher de croire, quand ils voient vide un poste de cette considération, que Sa Majesté n'a aucunement à cœur les affaires de Rome et qu'elle en abandonne le soin et toute pensée, laissant le champ libre aux autres potentats d'y faire telles pratiques qu'ils veulent, sans y former pour elle aucun dessein.
Le second, qu'encore que le pape jouisse aujourdliui d'une parfaite santé, comme il a néanmoins des infirmités de corps qui ne lui laissent pas espérer une longue vie, et qu'on a remarqué toutes les années qu'elles augmentent et se redoublent dans la saison des grandes chaleurs qui lui est si contraire que même, l'année dernière, il fut en très grand danger de sa vie. Sa Majesté n'a pas voulu en celle-ci hasarder que l'ambassade de Rome se trouvât vacante dans l'occasion d'un conclave qui peut si funestement arriver.
Le troisième a été d'achever de reconnoître s'il y a quelque moyen humainement possible pour faire que SaMajesté établisse, comme elle en auroit grand désir, une sincère union et bonne correspondance avec Sa Sainteté, ou qu'elle se détrompe une fois pour toutes de cette attente, et même, en ce dernier cas-ci, la présence d'un ambassadeur de France à Rome ne laisse pas d'être toujours fort utile tant pour prévenir et empêcher par son autorité, ses soins et son application, la plupart de la mauvaise volonté d'un pape dont on n'a pu gagner l'affection, que pour lui donner à lui-même beaucoup de peine et d'embarras^ étant certain que les papes qui ne veulent, comme fait celui-ci, que jouir en quiétude des douceurs de leur pontificat et avancer et enrichir leurs parents et qui ne se soucient pas beaucoup d'ailleurs des