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SATISFACTIONS RÉCLAMÉES

aCÉMOIREDES SATISFACTIONS QUE LE ROI POURROIT PRÉTENDRE DU PAPE

Comme aucun des ministres ni des serviteurs du Roi n'a mandé ses sentiments sur la qualité de la satisfaction qui pourroit être faite au Roi pour être compétente à l'injure, on a ici mis sur le papier ce qui est d'abord tombé dans l'esprit pour le mettre seulement en considération aux susdits ministres sans leur rien prescrire.

Premièrement, que le pape enverra un nonce extraordinaire au Roi, qui ne sera pas celui des Langes, pour faire des excuses à Sa Majesté de ce qui s'est passé et lui en témoigner son déplaisir ;

Qu'il ne laissera pas cependant d'envoyer bon nombre de cardinaux, dans lequel sera le cardinal Chigi, faire compliment sur la même affaire à M. l'ambassadeur et à M""* l'ambassadrice, ayant été remarqué ici que ledit cardinal Chigi a voulu chicaner en cette rencontre, n'ayant demandé à voir que ladite dame ;

Que, pour témoigner que le pape n'a point eu de mauvaise volonté contre le Roi, il fera un cardinal en ce rencontre à sa recommandation, sans nomination, et lui accordera l'induit des trois évéchés de Metz, Toul et Verdun ;

Que l'officier ou les officiers qui se seront trouvés présents à l'investissement du palais de M. l'ambassadeur seront condamnés à faire amende honorable devant ledit palais et y seront pendus ;

Que l'on pendra au moins vingt des coupables et pareil nombre sera envoyé aux galères ;

Que les autres officiers qu'on dit être demeurés dans le quartier viendront désarmés demander pardon à genoux, pour le reste du corps, à M. l'ambassadeur et à M""^ l'ambassadrice;

Que tout ce corps présent de Corses sera cassé et renvoyé en leur pays, sauf au pape d'en lever d'autres, s'il le veut, ou au moins, si cela ne se peut obtenir, qu'on lui fera changer de quartier avec les autres précautions contenues dans le mémoire de Sa Majesté à M. de Bourlemont.

i56 M. DE BOURLEMONT, i662.

Il faudra demander beaucoup davantage pour avoir ce dont M. le cardinal d'Esté et M. l'ambassadeur estimeront juste de se contenter, ou plutôt il ne faudra rien proposer et laisser parler les autres, pour reconnaître auparavant ce qui s'en pourra tirer, et quand après on sera obligé de faire des demandes, il faut que ce soit comme des choses qui leur tombent dans Tesprit et qu'ils s'emploieront à faire que Sa Majesté s'en contente, déclarant qu'ils ignorent entièrement ses sentiments.

A la suite du traité de Pise, le duc de Gréquy était rentré à Rome, le 28 mai 1664. Sa présence comme ambassadeur ne pouvait y être agréable. Il quitta donc définitivement cette ville en juin 1665. L'ambassade resta vacante pendant quelque temps. Il est vrai qu'en attendant la nomination de son successeur, la cour de France envoya le cardinal de Retz près du Saint-Siège, pour y suivre les affaires courantes et notamment le différend relatif à la doctrine de Tinfaillibilité. Mais Retz, qui avait conçu un moment Tespérance de recevoir le titre d'ambassadeur, çartit en qualité de simple cardinal français et, conmie le fait observer son biographe, M. Ghantelauze,ne reçut aucune instruction. Retz était encore à Rome, lorsque le Roi prit, en mai 1666, la décision de désigner, comme ambassadeur, le duc de Chaulnes.

Cette ambassade présentait un caractère bien différent de celle qui Tavait précédée. En effet, le duc de Chaulnes était envoyé dans un esprit d'apaisement. Le Roi avait obtenu entière satisfaction par le traité de Pise. On comprenait, en cour de France, que peut-être on était allé un peu loin, et Ton désirait, sans rien sacrifier des anciennes prétentions, faire montre maintenant d'une condescendance toujours facile au lendemain du succès. Aussi, quoique les termes de Tinstruction donnée au duc de Chaulnes se ressentissent encore des anciens « bouillons » de la colère royale, ils autorisaient le duc à ne pas revenir sur le passé, à écarter les récriminations réciproques, à tâcher de panser les blessures profondes qu'on avait faites à Tamour-propre romain.

I. Archives des Affaires étrangères. Rome, vol. CLXXVI, fol. 66.

io8 LE DUC DE GHAULNES, i666.

La plupart des affaires pendantes paraissaient terminées par le traité de Pise, et le roi de France, qui avait tout obtenu par la force, déclarait maintenant qu'il ne voulait plus rien demander à la faveur pontificale.

Le duc de Ghaulnes convenait plus que nul autre à cette mission conciliatrice. Il paraît s'y être employé de son mieux. Mais il ne pouvait espérer d'y réussir complètement tant que le pape Alexandre VII vivrait et que les Chigi dirigeraient la poUtique du Saint-Siège.

Aussi la perspective d'un conclave était-elle celle qu'envisageait dès lors la politique de la cour de France. Le duc de Ghaulnes allait préparer les voies à ce grave événement. Une Instruction en cas de conclave était donc jointe aux Instructions générales du nouvel ambassadeur. Elle reproduit, à peu de choses près, les directions données antérieurement au duc de Gréqui. Cependant on voit la candidature du cardinal RospigUosi s'affirmer et prendre corps. Le ducde Ghaulnes allait étudier les chances de celui qui, grâce à son intervention, devait être plus tard le pape Glément IX ; il devait renseigner la cour de France sur l'état des esprits à Rome. On vivait encore sur les souvenirs de l'ambassade de Lionne, datant déjà de douze ans, et il était temps de connaître les ressorts nouveaux qu'il fallait employer maintenant pour agir et pour triompher.

MÉMOIRE DU ROI POUR SERVIR d'iNSTRUCTION AU SIEUR DUC DE CHAULNES, PAIR DE FRANCE, S* EN ALLANT AMBASSADEUR EXTRAORDINAIRE DE SA MAJESTÉ PRÈS DE NOTRE SAINT-PÈRE LE PAPE. — 10 MAI 1666.

Le Roi, après le retour du sieur duc de Créqui de son ambassade extraordinaire de Rome, ayant délibéré sur la qualité et le mérite des sujets qui pourroient mieux remplir ce grand poste, le plus relevé sans contredit et le plus important que Sa Majesté puisse donner dans le maniement de ses affaires au dehors, Sa Majesté a jeté les yeux sur ledit sieur duc de Ghaulnes \ pair de

1. Charles- Albert d'Ailly, deyenu duc de Ghaulnes par la mort de sou frère aine* en 1653. U était fils d*Honorë d'Albert duc de Ghaulnes, maréchal de France et, par conséquent, neyeu du connétable de Luynes ; né en 1623 ; lieutenant général en 1653 ;

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