DÉSIR D'UNION
jusqu'à ce que Sa Sainteté jugeât à propos de tenir avec elle une autre conduite, elle ne se départira pas de la résolution qu'elle a prise de ne lui rien demander.
Cela néanmoins ne doit pas empêcher que ledit sieur duc ne se propose, pour fruit de cette première audience et des autres qu'il aura, de tâcher de bien persuader au pape que le Roi désire véritablement de bien vivre avec Sa Sainteté et qu'il ne tiendra qu'à elle de tirer de la bonne disposition où est Sa Majesté, si elle le veut, de grands avantages pour le bien du Saint-Siège et de la chrétienté pourvu que, de sa part, Sadite Sainteté fasse connoitre au Roi qu'il considère et aime sa personne et son État.
Si ledit sieur duc pouvoit une fois bien établir ce fondement, le Roi a si peu de choses importantes ou difficiles à désirer de la cour de Rome et le pape, qui a tout le soin du régime spirituel de la chrétienté, en a tous les jours tant à désirer du Roi qui sont de la dernière considération, non seulement dans son royaume mais pour tous les autres États chrétiens, dont Sa Majesté dans l'état où sont aujourd'hui ses affaires est considérée avec raison pour le principal mobile, qu'il est impossible que Sa Sainteté ne voie que la bonne correspondance et l'union que Sa Majesté lui offre par de purs sentiments de piété doit être bien plus ardemment désirée par elle-même pour son propre intérêt. Ainsi, les choses étant dans cette constitution, ledit sieur duc avec sa prudence, sa dextérité et sa bonne conduite pourra peut-être réussir à rétablir la confiance et l'amitié entre le pape et le Roi, à quoi on n'a pu parvenir dans les onze années que ce pontificat a déjà duré.
Ledit sieur duc ne sortira pas de sa première audience sans offrir à Sa Sainteté ses respects, et ses services particuliers, ajoutant qu'il le fait avec grande ardeur et sincérité autant qu'ils pourront être compatibles avec ses premiers devoirs. Il pourra même user de ces termes que, s'il n'avoit espéré que par ses prières, ses soins, son application et par la droiture de sa conduite et la sagesse et réserve de tous ses domestiques, il pourroit devenir l'instrument d'une étroite liaison entre Sa Sainteté et le Roi et d'une parfaite union de leurs cœurs, il auroit hardiment supplié Sa Majesté de vouloir jeter les yeux sur un autre sujet et de le dispenser d'un voyage qu'il n'a entrepris que dans la
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seule vue d'un si grand bien et d'une si grande gloire pour luimême, toutes les raisons de son intérêt particulier ne lui conseillant pas de partir un moment d'auprès de la personne de Sa Majesté, dont il a Thonneur d'être un des principaux domestiques.
Sa Majesté prévoit que Sa Sainteté, de l'humeur qu'elle est, n'imitera pas l'exemple qu'elle donne de ne faire aucune plainte ni reproche de tout le passé et, comme il est nécessaire que ledit sieur duc, en ce cas-là, se trouve assez informé pour savoir ce qu'il aura à répondre à toutes les doléances qu'on lui pourra faire, on cotera dans ce mémoire les principales que le pape a accoutiuné d'exagérer et les reparties qu'il y devra faire lorsque Sa Sainteté voudra entrer avec lui dans ce détail.
Premièrement, Sa Sainteté se plaindra qu'il y a deux ans que le nonce Roberti est ici* sans pouvoir obtenir aucune justice en une seule de plusieurs choses qu'il a demandées de sa part;
Que Sa Sainteté donna une satisfaction surabondante au Roi sur le sujet des Corses qui n'avoient commis autre crime que d'avoir passé trop avant dans leur propre défense après avoir été provoqués et attaqués jusqu'à quatre différentes fois, comme il appert par les procès qu'on en a dressés ;
Que, sur ces quatre provocations, le Roi n'a rien fait pour en témoigner son déplaisir et son ressentiment au duc de Créqui et, au contraire, lui a conféré de nouvelles dignités et par là a confirmé le bruit qui s'étoit répandu d'abord que l'envoi dudit duc à Rome avoit eu pour principal objet de donner du déplaisir à Sa Sainteté et de l'insulter;
Que le nonce Pîccolomini* avertit Sa Majesté des trois premières insultes, sans qu'il donnât aucun ordre pour les châtier et pour en empêcher la continuation ;
Que le duc de Créqui sortit de Rome par sa propre volonté, qu'on n'oublia rien pour Ty retenir, que le cardinal Chigi le visita, que les gouverneurs de l'Etat ecclésiastique le régalèrent et lui
1. Le nonce Roberti, archevêque de Tarse, était arrive à Paris dans le courant du mois d'août 1664. (V. Lettres de Guy Patin du iO juillet, 42 septembre, 49 no> vembre 4664. — V. aussi Chaktblauzb, loc, a7., p. 496.)