PLAINTES DU PAPE
rendirent toutes sortes d'honneurs, quoiqu'il fût lui-même le coupable ;
Que le nonce Piccolomîni fut violenté et accompagné par des archers hors du royaume avec tous les mauvais traitements que chacun sait, dont on n'a donné depuis aucune satisfaction ;
Que rinjustice dont on a usé en faveur des ducs de Parme et de Modène paroit évidemment par la seule teneur des articles du traité des Pyrénées, où la France et l'Espagne n'avoîent jamais rien prétendu en faveur du duc de Parme que par pure grâce, et pour le duc de Modène, que la brièveté de l'expédition de son affaire; et qu'après, le Roi a voulu par là faire la valeur d'un million pour la maison de Modène, et que, pour le duc de Parme, on ait violé la bulle de Pie-Quint sur le fait des incamérations de 1& Chambre apostolique;
Que l'on a fait révolter deux fois la ville d'Avignon, que l'on a cité dans les parlements le souverain pontife, que Ton a outragé et chassé ses ministres, que Ton a rompu les armes du Saint-Siège et qu'on a, après cela, voulu l'amnistie de tout; que, dans la seconde rébellion dudit Avignon, le Roi avoit promis de remettre quelques-uns des coupables, qu'on les a fait évader et qu'on leur donne protection dans le royaume contre Sa Sainteté*;
Que le pape a fait, en onze années de son pontificat, cent diverses grâces au Roi et à ses ministres et qu'il ne peut dire d'en avoir reçu une seule de Sa Majesté et au contraire mille injures et mauvais traitements ;
Qu'on a fait imprimer des gazettes fort offensantes qui n'ont jamais été remarquées ;
Que le Roi a envoyé dans les États médiats du Saint-Siège des troupes qui environnoient du côté de Lombardie les immédiats ;
Que l'on a suscité la Sorbonné contre le Saint-Siège, dont les
1. Le parlement d*Aix avait fait signifier au pape, dans la personne du vicelëgat, d'exhiber les titres en vertu desquels il possédait le Comtat Venaissin. Sur le refus du légat, le parlement, par un arrêt du 26 février 1663, avait prononcé la réunion du Comtat à la France. Le peuple d'Avignon s'était soulevé, avait brisé les armoiries du pape et les avait remplacées par celles du roi de France. (V. Cban- TELAUiE, loc, cil. y pp. 113 et suiv.)
i72 LE DUC DE CHAULNES, i666.
ministres de Sa Majesté à Rome témoignèrent tant de joie qu'il fut aisé à voir que le coup venoit de la cour* ;
Que le pape a accordé au Roi la grâce importante de l'induit pour la nomination aux trois évêchés de Metz, Toul et Verdun, et qu'à peine Sa Majesté en eut-elle remercié Sa Sainteté qu'elle lui en demanda l'ampliation pour les autres bénéfices de ce pays-là;
Que l'on ne donne point en France d'extension aux bulles apostoliques et que l'on y blesse les concordats, comme nommément en l'affaire de l'abbaye d'Aumale où l'on soutient injustement l'abbé Elpidio';
Que le Roi tarde tout autant de temps qu'il lui plaît à conférer les évêchés et abbayes vacantes quoiqu'il sache que, par les concordats, la collation en appartiendroit aux papes après certain temps de leur vacance ^ ;
Que, hors la première année de l'ambassade du duc de Créqui, il ne fit plus aucune instance pour les induits de l'Artois et du Roussillon, et que, depuis son départ, le sieur de Bourlemonl n'en a jamais parlé, que Sa Sainteté pourroit et devroit de son autorité conférer les vacances de ce pays-là, avant qu'accorder la grâce de l'induit et néanmoins qu'il ne le fait pas ;
Que, pour les promotions, les papes en ont souvent fait trois et quatre tout de suite pour les nécessités du Saint-Siège et puis ont accordé quelque chapeau aux couronnes ; quînnocent X, en
1. Ce passage yise la déclaration de la Faculté de théologie, rendue en avril 1663, et touchant la question de l'infaillibilité du pape et la défense des libertés gallicanes, à l'occasion des thèses 4*un bachelier nommé Drouet de VilleneuTe, et d'un religieux bernardin. La Faculté de théologie saisit l'occasion qui se présentait d'être agréable au Roif alors sous l'impression de l'affaire de la garde corse, pour formuler ses sentiments en six articles qui furent comme le premier dessein des articles de 4682. L'arrêt du parlement du 29 avril et la déclaration royale du 4 août donnèrent à ces articles une sanction particulièrement blessante pour la cour de Rome. (V. Mtfmoires chronologique et dogmatiques pow servir à l'Histoire ecclésiastique depuis 4600 jusqu'à 1716. A Nîmes, 2 vol. in-8, 1781, t. I, p. 389.)
2. L'abbé Elpidio Benedetti, antérieurement familier du cardinal Mazarin et son agent particulier à Rome, nommé par le Roi à l'importante abbaye de bénédictins d'Aumale, dans le diocèse de Rouen. Le nom de l'abbé Elpidio se rencontre fréquemment dans la correspondance de Mazarin. On a de lui des Mémoires sur la vie de ce ministre.
3. U y avait là une prétention de la papauté qui se rattache aux affaires de la régale. Nous aurons assez d'occasions d'y revenir par la suite.