‹ RomeChapitre 106 sur 186 · PLAINTES DU PAPE · texte numérisé non relu

PLAINTES DU PAPE

onze années de pontificat, ne leur en donna qu'un; qu'Urbain YIII, eo vingt et un ans, n'en donna que deux.

On pourroit aisément satisfaire par une réponse générale à la plus grande partie de ces chefs de plainte, en disant qu'on est amené à tirer des moyens d'assoupir tout ce qui s'étoit passé en lattentat des Corses contre la personne qui représentoit Sa Majesté à Rome et en la dureté qu'eut le pape de ne vouloir donner aucune satisfaction à Sa Majesté de ce violement du droit des gens, ce qui obligea même Sa Majesté à faire de très grandes dépenses pour mettre à couvert son honneur si indignement blessé et outragé et en ajoutant à cela que les traités d'accommodement avoient leur conclusion de la seule pure volonté des parties, mais qu'après leur signature et leur ratification, il est d'une indispensable nécessité qu'ils soient exécutés et, par cette seule répartie, en pourroit réduire le pape à ne pouvoir se plaindre que du cardinal Rasponi \ son plénipotentiaire qui signa le traité de Pise ou de Sa Sainteté même qui l'a depuis ratifié ; mais tout le droit, en toute cette affaire-là, a toujours tellement été du côté de Sa Majesté qu'on veut bien, puisqu'on le peut faire facilement, répondre, en particulier, à tous les chefs, de ces injustes reproches.

Premièrement en ce que Sa Sainteté dit que le sieur Roberti n'a pu obtenir aucune justice en beaucoup de choses qu'il a demandées. Sa Majesté qui, en effet, lui a toujours accordé toutes choses dont il seroit trop long et superflu d'en faire le récit, ne voit pas que le pape, quand il se plaint de ces refus, puisse entendre parler que de la seule affaire du sel d'Avignon qui seroit une grâce et très grande et non pas une justice ; et du temps que Sa Majesté a pris (sans aucun refus) de prononcer sur un arbitrage qui lui a été déféré par les parties touchant un différend qui est né en exécution du traité de Pise entre la Chambre apostolique et M. le duc de Modène, et quand Sa Majesté estimera à propos d'en donner son jugement, elle le fera avec une entière justice et elle peut même dire que Sa Sainteté lui a obligation de ce délai qu'elle a pris pour prononcer, parce que jusqu'à présent les raisons dudit duc de Modène lui ont paru meilleures que

I. Uf Ratponi, secréuire de la Consulte, et nomme cardinal après la conclu- •ion du traité de Pise.

celles de ladite Chambre ; et quant à l'affaire du sel d'Avignon, il en sera plus amplement parlé ci-après dans la suite de ce niémoire.

En second lieu, il ne s'étoit rien passé entre les François et les Corses avant le 20 août, qui fut le jour de l'horrible attentat de ceux-ci, que de pures bagatelles qui avoient été assoupies d'abord. Ainsi ne dit-on pas, et on ne pourroit le dire que contre toute vérité, que lesdits Corses aient été battus, blessés ou morts mais seulement attaqués et provoqués, dont on peut tirer la conséquence si une simple provocation peut justifier l'assassinat d*im ambassadeur et d'une ambassadrice et l'attaque de leur palais avec la compagnie entière qui y vint tambour battant et avec ses armes pour le forcer, la mort d'un page à la portière du carrosse de l'ambassadeur, la blessure d'un gentilhomme domestique de l'ambassadrice dans la place Navone, la décharge qui se fit en même temps sur toute la France ^ et dans les rues de Rome, sont choses dont on ne parle point ; non {/lus que des ordres que Dom Mario avoit lui-même donnés à tous les Corses de faire main basse à la première rencontre sur tous les François sur peine d'être envoyés en galère, ni du mémorable mot qu'il fit dire dans leur quartier par le commandant : Chi si puol salvar, si salvi, ni de l'évasion de tous les coupables que l'on tenoit renfermés dans ledit quartier, ni de la moquerie dont on usa de ne faire publier aucun ban contre eux que neuf jours après, lorsqu'on ne pouvoit douter qu'ils ne fussent déjà tous hors de l'État ecclésiastique, ni de l'autre moquerie d'avoir mis le cardinal Impériale à la tète du tribunal qui les devoit juger, ni de l'audace avec laquelle on voulut que le capitaine de la même compagnie continuât, depuis l'incident arrivé, à se promener dans Rome avec plusieurs carrosses remplis de soldatesque au hasard de compromettre encore la vie de l'ambassadeur et de l'ambassadrice s'ils les eussent rencontrés, ni des chicanes que le cardinal Chigi fit longtemps pour aller voir seulement l'ambassadrice et non pas directement l'ambassadeur, ni de l'investissement que l'on fit de son palais par l'établissement de corps de gardes en toutes les avenues, ni

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