INDUITS DE L'ARTOIS ET DV ROUSSILLON
mœurs ou à nos usages, ou aux droits de la couronne ou aux privilèges, immunités et libertés de l'Église gallicane et alors, il n'échoit de faire aucune justification ; cela a été de tout temps et Sa Majesté n'y changera et n'y innovera rien. L'intention du Roi n'est pas de jamais rien faire qui soit contraire aux concordats et si Sa Majesté tarde cpielquefois à conférer les bénéfices vacants, c'est sûrement pour de bonnes considérations et le plus souvent importantes au plus grand bien de l'Église ; du reste il est vrai qu'il est dit dans le Concordat, qu'après un long temps de vacance la collation en appartiendra aux papes, mais la cour de Rome ne sauroit alléguer un seul exemple, depuis cent cinquante ans que les concordats furent passés avec Léon X et François P', où aucun pape ait seulement prétendu d'user de ce droit qui est désormais aboli par une coutume contraire et par présomption.
Et quant à l'affaire que l'on cite de l'abbé Elpidio à qui le Roi a conféré l'abbaye d'Aumale et le pape au fils du marquis de Sonas, premièrement on ne trouvera point dans le concordat que le pape ait droit d'imposer des pensions sur les bénéfices de France vacants in curiây comme il a fait en cette occasion en faveur du cardinal Piccolomini, qui a même touché une somme d'argent pour le rachat de ladite pension, qui est un autre abus que Sa Majesté ne peut tolérer, et en second lieu il est notoire à Rome et en France que le sieur du Nozet, auditeur de Rote, dernier possesseur de la même abbaye, avoit obtenu un bref de non vacando in cttriâ pour tous ses bénéfices, mais on lui doit avoir ôté la minute dudit bref des registres de la daterie où les officiers de Sa Sainteté cachent malicieusement lesdits registres pour empêcher qu'il ne paroisse.
Le duc de Créqui, avant l'accident du 20 août, avoit eu parole formelle du pape de l'expédition des induits d'Artois et de Roussillon, pareille à celle que le Saint-Siège avoit toujours accordée sans difficulté aux rois d'Espagne: les mouvements qui agitèrent les deux comtés jusqu'au traité de Pise firent suspendre cette expédition tout ce temps-là. Au retour dudit duc à Rome, il en reparla comme d'une chose déjà accordée, il y avoit deux ans. Sa Sainteté non seulement ne le désavoua pas, mais prit pour prétexte de cette longueur que les officiers de daterie étaient assez
i82 LE DUC DE CHAULNES, 1666.
excusables de ne pas beaucoup travailler pendant les grandes chaleurs, et Sa Majesté crut alors que le pape avoît voulu attendre le retour de son neveu à Rome pour faire passer la grâce par ses mains et lui en donner le mérite ; mais Tévénement a fait voir qu'elle s'est abusée dans l'opinion de cette bonne volonté de Sa Sainteté ; car quoique la grâce ait été promise depuis plus de trois ans, et que, toutes les fois qu'on en a renouvelé l'instance. Sa Sainteté ait témoigné de l'avoir promise et d'avoir intention de la faire, le Roi est encore à en attendre l'effet.
Il est notoire à Rome et dans toute la chrétienté que, depuis le concile de Trente, les papes ont toujours fait les promotions alternativement une pour eux seuls, et dans la suivante, ils ont accordé un chapeau à la nomination de chacune des couronnes. Que si le pape Innocent, en onze ans de pontifical, ni Urbain VIII en vingt et un, n'ont fait le premier qu'un cardinal national et le second que deux, c'est parce qu'Innocent promût, contre le cardinal de Retz, le cardinal de Sainte-Cécile à la recommandation de Sa Majesté et qu'Urbain VIII (à cause de l'humeur du cardinal Barberin qui nepouvoit se résoudre à voir ses inférieurs devenir égaux à lui-même) avoit accoutumé d'attendre toujours à faire des promotions si nombreuses qu'on a vu, de son temps, jusqu'à vingt-quatre chapeaux vacants, dont il en donna premièrement douze et puis trois et puis par la même raison des propositions de son neveu, il perdit par sa mort l'occasion d'en faire neuf (ju'il laissa à la faction d'Innocent et, de cette sorte, le tour des couronnes pendant son pontificat n'est venu que deux fois. Cela ne doit pas être réglé par la longueur des pontificats, mais par le nombre des promotions qui doivent être faites alternativement par les princes, ce qu'aucun autre pape que celui-ci n'a jamais révoqué en doute. Cependant Sadite Majesté ne désire pas que ledit sieur duc de Chaulnes fasse aucune plainte au pape de la création des quatre derniers cardinaux qu'il s'est réservés m petto^ et dont les chapeaux, par l'usage et par la raison, devraient être donnés à la nomination des princes : Sa Majesté voyant bien qu'après le coup fait et sans remède, cette plainte seroit plutôt agréable au pape qu'elle ne le fâcheroit, et il sera assez à temps de songer à cette affaire à mesure qu'il vaquera d'autres places