‹ RomeChapitre 111 sur 186 · ARCHEVÊCHÉ DE REIMS · texte numérisé non relu

ARCHEVÊCHÉ DE REIMS

dans le sacré collège en nombre suffisant pour satisfaire les princes.

Sa Majesté, sur le fondement de ne vouloir plus importuner Sa Sainteté d'aucune grâce, n'entend pas non plus que ledit sieur duc lui fasse aucune instance pour les induits de l'Artois et du RoussUlon, ni pour l'ampliation de celui des trois évêchés. Il est vrai que les églises de ces pays de conquêtes qui ont été fort désolés par la guerre ont grand besoin de n'être pas plus longtemps destituées de bons pasteurs, mais comme la conscience de Sa Majesté est assez à couvert là-dessus, par tant de diligences qu'elle a faites depuis vingt-cinq ans pour les en pourvoir, elle ne voit pas bien comment celle de Sa Sainteté le peut être, tant qu'elle différera à y donner l'ordre si nécessaire qui ne dépend que de sa pure volonté.

Cependant si, pendant le cours de l'ambassade dudit sieur duc, le pape, par un principe de piété ou quelque autre, se ravisoit de lui-même sur cette matière et prenoit la résolution de faire expédier les induits qu'il a promis, afin qu'on pût remplir les sièges épiscopaux d'Elne et d'Arras, en ce cas-là, M. le cardinal Antoine et le sieur de Bourlemont pourront informer ledit sieur duc de ce qui leur a été autrefois mandé touchant quelques précautions qu'il faut prendre quand on dressera l'expédition desdits induits, soit pour les avoir en la même forme qu'ils furent accordés pour l'Artois à Philippe II roi d'Espagne, soit pour empêcher que l'intemonce de Bruxelles ni le nonce qui réside à Madrid, ne s'ingèrent aucunement à se mêler des affaires ecclésiastiques desdits comtés ; et comme, du côté de Catalogne, Sa Majesté n'entend pas cpie le Saint-Siège perde la juridiction qui lui pouvoit appartenir et qu'il faisoit exercer par les ecclésiastiques dans le comté de Roussillon, par le nonce de Madrid ou par ses snbdélégués, Sa Majesté consentira que Sa Sainteté attribue le même pouvoir au nonce qui réside auprès d'elle.

Comme l'affaire de l'expédition des bulles de l'archevêché de Reims pour M. le cardinal Antoine n'est pas une grâce, mais une justice que le Roi a droit de prétendre en vertu des concordats qui donnent à Sa Majesté la nomination à tous les évêchés et archevêchés de son royaume, ledit sieur duc devra presser le pape de

iU LE DUC DE CHAULNES, 1666.

cette expédition, se conduisant en cela suivant les conseils que lui en donnera ledit cardinal lui-même, qui pourra d'ailleurs rinformer de tout ce qu'il aura à répondre, soit par des exemples du passé, soit par la raison à toutes les expositions que Sa Sainteté fait pour se défendre d'achever cette affaire dont la principale consiste en l'incompatibilité qu'il soutient qu'il y a entre le camerlingat et un évèché hors de l'Italie. Ledit sieur duc de Ghaulnes ne manquera pas, à son arrivée à Rome, de faire remarquer à M. le cardinal Antoine qu'il est le seul sur le sujet duquel Sa Majesté s est départie de la résolution qu'elle avoit prise de ne rien demander au pape.

On remet entre les mains dudit sieur duc des lettres de Sa Majesté pour tous les cardinaux, qu'il leur rendra en faisant la visite du sacré-collège ; elles sont en créance sur lui et il les assurera tous en général de l'affection de Sa Majesté et de son estime, proportionnant après les compliments et des assurances plus particulières de la bienveillance de Sa Majesté selon la qualité des sujets et leurs inclinations et attachements qu'il tâchera encore de mieux pénétrer par leurs discours et en rendra compte exact à Sa Majesté.

Ledit sieur duc ne fera point de difficulté, comme la même chose fut enfin ordonnée audit sieur duc de Créqui, de rendre la première visite à dom Mario, frère du pape, et à dom Augustin, neveu de Sa Sainteté.

Il visitera publiquement, suivant l'usage, le doyen du sacrécollège avant la reine de Suède *, laquelle avoit désiré du Roi qu'il en usât autrement, mais Sa Majesté s'en est excusée sur ce qu'elle ne pouvoit rien changer à un ordre déjà établi et dont le-

1. Oq sait que Christine de Suède, après son abjuration et son abdication, était venue s'installer à Rome et y menait une vie adonnée tout à la fois à l'intrigue, aux belles-lettres et aux divertissements de toutes sortes. Son confident intime, le cardinal Azzolini, était le chef de Tescadron volant. Retz était en relations suivies avec l'un et l'autre. (V. dans le volume de M. Chantelauze le chapitre intitulé : Relations de Retz et de Christine (pp. 417 et suiv.). Sur l'enthousiasme avec lequel la reine Christine fut accueillie à Rome, voir notamment : Relation de Correr (Amb. Vén., loc. cil. y p. 215), et aussi la Relation de Pietro Bassadona {iàid.f p. 287). Les relations d'Azzolini et de la reine de Suède étaient l'objet de nombreux commentaires à la cour de Rome. Il est certain qu Azzolini se fit faire un testament par la reine et que le cardinal d'Ëstrées, en 1682, qualifiait sévèrement « son avidité de vautour ».

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