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LES SERVITEURS DU ROI

dit collège est en possession, sans désobliger sensiblement tout le corps des cardinaux ; mais ledit sieur duc pourra aller rendre ses devoirs secrètement et incognito à ladite reine dans les premiers jours de son arrivée, avant qu'il s'engage à la visite publique du sacré-collège. Il assurera ladite reine de la parfaite estime et de la sincère affection de Sa Majesté et lui dira qu'un des ordres plus exprès dont il est chargé est de tâcher de mériter par toute sa conduite l'honneur de ses bonnes grâces, de prendre confiance entière en elle et de la prier de lui donner ses bons conseils en toutes occasions. Il ajoutera qu'il a aussi ordre d'en user de même avec tous les cardinaux ses plus particuliers serviteurs, comme Azzolino, Impériale et Conti * et les autres qu'elle lui nommera; que dans l'occasion d'un conclave, Sa Majesté lui a aussi ordonné de tenir bien unie la faction du roi avec l'escadron afin qu'ils agissent de concert ensemble le plus qu'il sera possible, à quoi il semble qu'il ne doive pas avoir grande peine, puisque les fins de Sa Majesté et celles dudit escadron se trouvent être les mêmes, d'empêcher la tyrannie du conclave, d'en maintenir la liberté et d'élire le sujet qu'on croira avoir plus de mérite et de suffisance pour bien régir la chrétienté.

A l'arrivée du sieur duc de Créqui à Rome, il y eut quelques difficultés sur le traitement que lui feroit ladite reine, et enfin, par les ordres que Sa Majesté envoya, la chose fut ajustée et exemptée de cette sorte que ledit sieur duc et la duchesse sa femme se contenteroient d'un tabouret comme font les neveux et les nièces du pape, mais qu'en la présence des cardinaux à qui la reine donne un fauteuil, elle en useroit de même à leur égard, et Sa Majesté entend que ledit sieur duc et la duchesse sa femme soient traités de la même manière.

Il prendra soin de réchauffer tous les serviteurs du Roi dans le zèle qu'ils ont pour son service, les considérera et caressera, faisant distinction par sa prudence de leurs qualités et de leur mérite.

La maison Bentivoglio a été de tout temps fort affectionnée à

1. Conti, frère du duc Poli et créature d'Alexandre VII, était de Tintimité de la reioe Christine. 11 fut gouverneur de Rome et on le considérait comme engagé avec TEtpagne.

cette couronne et comme elle est d'ailleurs une des plus illustres dltalie, ayant même été autrefois seigneurs et souverajns de Bologne et de son territoire, Sa Majesté désire que ledit sieur duc témoigne faire cas de tous ceux qui portent ce nom-là et qu'il leur promette tout l'avancement et les avantages qui seront en son pouvoir.

Il témoignera au sieur abbé de Bourlemont que Sa Majesté est très satisfaite de ses services et qu'elle prendra soin de le bien traiter et de lui donner moyen de subsister honorablement à Rome, en attendant qu'elle lui donne une récompense plus proportionnée à la qualité de ses services, et comme ce prélat a acquis avec justice une très grande estime dans la cour de Rome, ledit sieur duc pourra en plusieurs occasions se prévaloir utilement de ses bons conseils, de ses habitudes et des connoissances acquises qu'il a en toute sorte de sciences. Cependant il lui dira que Sa Majesté lui a ordonné de prendre entière confiance en lui.

Si l'occasion arrive de la nomination d'un nonce ordinaire en France, ledit sieur duc prendra soin qu'on n'altère rien à Rome en la pratique de tout temps observée, que les papes n'en viennent point à la publication du sujet qu'après avoir communiqué leur pensée au Roi et en avoir eu son agrément. Il y a parfois eu des contestations en pareilles occurrences, quelques papes ayant tenté d'abolir cet usage sur ce (disoient-ils) qu'ils ne lioient pas les mains au Roi sur le choix de ses ambassadeurs et qu'il n'étoit pas juste que le ministre dont ils vouloient se servir en ces affaires de grande confiance eût autant d'obligation à Sa Majesté de son agrément, puisqu'elle auroit pu l'exclure de sa nonciature, qu'à Sa Sainteté même de son choix. Mais on a toujours reparti à cela qu'il y avoit une notable différence d'un ambassadeur qui part de France et d'un nonce qui y vient de Rome, en ce que Rome étant comme une mère commune qui nourrit toutes les nations chrétiennes indifféremment et où presque personne ne demeure neutre et sans se parti aliser, il importe fort au Roi de savoir sur qui les papes veulent jeter les yeux pour un pareil emploi, afin de ne pas courir le risque d'avoir dans sa cour, en la personne publique d'un ministre de Sa Sainteté, un espion secret de ses

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