‹ RomeChapitre 115 sur 186 · PORTRAIT DU PAPE ALEXANDRE VIL · texte numérisé non relu

PORTRAIT DU PAPE ALEXANDRE VIL

et blessantes que par Tordre de Louis XIV, dont on reconnaît parfois et facilement Imtervention dans la marche et le langage de son ministre. »

Ces lignes sont le meilleur commentaire que nous puissions donner de la remarquable instruction publiée ci-dessous.

MÉMOIRE SECRET DU ROI POUR SERVIR D INSTRUCTION AU SIEUR DUC DE CHAULNES s'eN ALLANT AMBASSADEUR EXTRAORDINAIRE DE SA MAJESTÉ AUPRÈS DE NOTRE SAINT-PÈRE LE PAPE. 10 MAI 1666*.

Sa Majesté a jugé à propos, pour une direction générale de la conduite dudit duc (ce qu'il appliquera après selon sa prudence à chaque incident particulier), qu'il fut informé de ce que les plus habiles gens croient ou de ce que Sa Majesté elle-même a éprouvé de l'humeur et des qualités personnelles du pape.

Premièrement on doit donner à Sa Sainteté cet avantage, si c'en est un, ou ce défaut, de n'avoir pas son égal au monde à savoir bien dissimuler et à cacher presque en toutes rencontres ses véritables sentiments. Il n'y a eu que la seule antipathie qu'il a pour la France qui s'est trouvée plus forte que sa dissimulation parce qu'il n'a jamais su la couvrir. On ne peut pas conclure de cela qu'il soit affectionné à l'Espagne, si ce n'est en tant qu'il ne voudroit pas la voir déprimée ou succomber sous la puissance du Roi, et s'il lui souhaite des avantages ce n'est que par le motif de l'aversion qu'il a pour cette couronne ; car du reste sa propre inclination lui fait plutôt désirer l'abaissement et la diminution de tous les potentats. Aussi ne vit-il pas mieux avec les Espagnols qu'avec Sa Majesté, mais il les craint un peu plus pour Tintérêt de sa famille après sa mort, tant à cause du voisinage du royaume

1. Archives des Affaires Étrangères Rome; t. CLXXVI, fol. 86.

BKCinUL DES INSTRUCT. DIPLOMAT. VI. — 13

iU LE DUC DE GHAULNËS, 4666.

de Naples et de TÉtat de Milan que parce qu'il sait bien qu'ils ne pardonnent jamais les offenses qu'on leur fait.

C'est cette même qualité de ne pardonner point qu'on croit encore que le pape a dans un souverain degré et d'être vindicatif, même après la vengeance tirée.

Il est de son naturel bien plus enclin à se divertir l'esprit en des occupations agréables qu'à s'appliquer à aucune affaire, et les entretiens d'architecture, de généalogies, de médailles, d'antiquités et de belles-lettres sont bien plus fréquents avec lui que les audiences des ambassadeurs ou des ministres étrangers ni des siens propres ; et même celles que tous les papes avoient de tout temps accoutumé de donner aux ambassadeurs, tous les quinze jours, sans y manquer jamais que pour quelque indisposition qui les en empêchoit, outre les extraordinaires- qu'ils accordoient facilement sur la première instance qui leur en étoit faite, celui-ci d restreint et réduit les ordinaires aune fois le mois, et pour les autres, il faut ou les emporter avec importunité ou attendre la commodité de Sa Sainteté fort longtemps, pendant lequel les occetsions qu'on avoit eues de les demander se passent et, par cette raison encore, on cherche tous moyens de les prolonger.

Sa Sainteté couvre cependant l'aversion qu elle a aux affaires du prétexte d'une santé faible, laquelle néanmoins ne l'empêche pas de songer continuellement et avec grande application à agrandir ses parents et à rendre sa maison plus considérable et par les richesses et par le nombre des cardinaux de sa faction que ne l'a été aucune des papes ses prédécesseurs, dont il viendra à bout pour peu d'années de vie que Dieu lui prête encore. A dire vrai, il est assez étonnant de voir aujourd'hui de pareils sentiments et un désir si immodéré des établissements et des grandeurs de sa maison en un homme qui, le jour de son exaltation, ne voulut point dormir qu'il n'eût dans sa chambre une bière qui le fit souvenir de la mort et lequel, la première année de son pontificat, disoit à tout le monde que les papes étoient comme Melchisédech et n 'avoient point de parents.

Il est encore fort, adonné au soin extérieur de sa personne, à la propreté et galanterie de ses habits qu'il orne de boutons de

Page 1