‹ RomeChapitre 118 sur 186 · POINTS DÉBATTUS · texte numérisé non relu

POINTS DÉBATTUS

quand il ajouta que le Roi, depuis le retour dudit cardinal, n'avoit demandé pour soi à Sa Sainteté que des choses promises par ellemême ou quelques grâces fort ordinaires pour des particuliers ses sujets et que, de l'autre part, Sa Sainteté n'avoit rien désiré du Roi qu'elle n'eût accordé, à la réserve de deux choses seules dont Tune qui regarde une nouveauté que le sieur Revizza s'est mis en tète d'établir dans l'état d'Avignon touchant le sel ', ne put être accordée sans que les affaires de Sa Majesté n'en souffrent un très considérable préjudice et entièrement disproportionné au peu d'avantage que la Chambre apostolique en retireroit, et pour l'autre, qui regarde le jugement que Sa Majesté devra prononcer comme arbitre élu et nommé par les parties sur le différend qui reste entre ladite Chambre et M. le duc de Modène, touchant certains lieux de mont qu'on appelle Vincelati, bien loin que Sa Sainteté doive ou puisse se plaindre comme d'un refus du délai que Sa Majesté a pris jusqu'ici pour donner son jugement sur cette affaire, qu'on prétend ici au contraire de l'avoir plutôt obligée par ce temporisement, parce que Sadite Majesté se trouve plus persuadée de la bonté des raisons que ledit sieur duc de Modène a alléguées pour le soutien de son droit qu'elle ne Ta été de celles qui ont jusqu'ici paru pour la cause de la Chambre.

Ledit sieur duc poufra ajouter à cela que le sieur de Lionne lui a dit que l'on ne s'est jamais bien entendu, que l'on s'est mal pris à la manière de vouloir les choses et que la chaleur de M. le nonce n'y a pas aidé, que par sa forme d'agir il a rendu difficile jusqu'à présent ce qui eût été aisé en tenant d'autres voies, que les difficultés en plusieurs choses ont plutôt consisté dans la formalité que dans le fonds ; que dans celles où le fonds est attaqué comme au sel d'Avignon, il y auroit même pu avoir des tempéraments pour satisfaire tout le monde^ non pas véritablement la Chambre en ce que le sieur Revizza a demandé pour elle, mais que Sa Majesté, selon qu'il en a ouï discourir à elle-même, au-

1. Il sera plusieurs fois questions, dans cette instruction, d'une proposition relatire à une taxe spéciale sur le sel, à Avignon. M. Charpenne, dont le livre récent contient tant de curieux détails sur cette période de Thistoire avignonnaise, ne dit rien au sujet de l'affaire du sel, (V. Charpenne, Histoire des réunions temporaires d*Aviffnon et du Comtat Venaissin à la France (1886, 2 vol., ia-8o, 1. 1'^.

poit peut-être pu se porter sans conséquence pour d'autres à accorder quelques avantages particuliers à la personne dudit cardinal' comme légat dudit Avignon.

Et touchant le différend des lieux de mont, si on avoit voulu de cela tenir des manières d'agir plus obligeantes qu'on n'a fait, le Roi y auroit correspondu avec toute générosité; en cas que Sa Majesté persiste dans l'opinion- que les raisons du duc sont meilleures que celles de la Chambre, elle auroit plutôt payé elle-même de son propre argent ou le tout ou partie de la somme qui est en différend pour donner toute satisfaction à Sa Sainteté.

Par ce discours dudit sieur duc tenu délicatement audit sieur cardinal et mis exprès dans la bouche du sieur de Lionne afin de l'autoriser suffisamment, comme sachant sur ces choseslà les sentiments de Sa Majesté, sans néanmoins l'engager à rien en cas qu'on ne vit pas lieu dans la suite de rétablir la bonne correspondance entre le pape et elle, ledit sieur cardinal ne laissera pas d'entrevoir qu'il se peut aisément trouver des expédients pour contenter le pape dans les deux affaires qui sont les seules sur lesquelles il prend prétexte de se plaindre.

Et quant à ce que Sa Majesté peut réciproquement désirer de Sa Sainteté, ledit sieur duc témoignera audit sieur cardinal (et l'assurera qu'en cela il lui parle avec grande franchise) qu'à l'égard du Roi il est assez indifférent à "Sa Majesté d'obtenir de Sa Sainteté ou le tout ou partie des grâces dont elle donna un mémoire audit sieur cardinal à son départ de cette cour, et que s'il pouvoit imaginer un moyen par lequel, sans jamais parler desdites grâces ni d'aucune autre, Sa Majesté pût ne laisser pas d'être assurée que Sa Sainteté a véritablement de l'affection pour elle et pour son état, elle ne désireroit rien au delà, seroit très satisfaite de Sa Sainteté et dudit sieur cardinal et feroit avec joie toutes les choses qui seroient en son pouvoir pour plaire à Sa Sainteté et cultiver cette affection.

Cela pourra paroître un paradoxe et est pourtant une vérité constante et, pour la faire toucher au doigt, il ne faut que repasser sur chacun des points de la liste dont ledit sieur cardinal se chargea.

i. Chigi.

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