XX INTRODUCTION
D'ailleurs, c'est sous le règne de ce prince que s'établit d'une façon durable, l'institution qui sera l'organe le plus hardi des revendications gallicanes ; la cour du Roi devient permanente ; elle séjourne à Paris. Elle est déjà le Parlement.
Pour qu'une pareille transformation pût se faire, il fallait que l'autorité du Roi fût accrue et acceptée au loin, il fallait que même les hauts seigneurs du royaume se fussent accoutumés à lui obéir, et à le considérer comme la plus haute image de la patrie commune : il fallait surtout qu'autour de ce Roi siégeassent, en nombre suffisant, des hommes instruits, capables de rendre la justice dans les formes convenables.
Les premiers efforts des Capétiens avaient eu pour objet l'extension du domaine. Les croisades eurent pour effet d'accoutumer les nobles à la discipline sous un chef commun. L'enseignement nouveau du droit dans les universités fournit à la royauté les hommes dont elle avait besoin : ce sont les légistes.
Les plus nombreux et les plus ardents d'entre eux vinrent du Midi, ou plutôt des régions d'outre-Loire, Auvergne, Guyenne, Gascogne, Périgord, Poitou, Limousin, pays de civilisation précoce et libre, jusqu'à la triste croisade des Albigeois, pays où les institutions romaines s'étaient gardées plus que nulle part ailleurs, et surtout pays de droit écrit. Montpellier d'abord, puis Toulouse, puis Poitiers*, furent les grands centres de cet enseignement et de ces idées. C'est de là que descendirent, conmie du cheval de Troie, ces hommes qui devaient concevoir et exécuter pour la royauté française, au dedans, une œuvre d'unification et de domination, au dehors, une œuvre d'indépendance et de résistance d'abord, puis d'expansion et de conquête.
Les premiers légistes eurent pour élèves, sur toute la surface du sol, ces magistrats, ces avocats, ces « gens du roi » qui prirent à cœur — parce que c'était leur intérêt le plus étroit — d'accroître, de fortifier, d'honorer la justice royale, la puissance royale, la loi royale.
1. Orléans a fleuri quelque temps, au xm« siècle, mais avec un esprit particulier et qui, pour employer un mot de SaTigny,« n*a laissé aucune trace ». (V. Li livres de Jostice et de Plet dans la Collection de* documents inédits , préface, p. xxxi. Voir aussi on article de M. FLACH,dans la Nouvelle Revue historique du Droit fran^ fai>, mars-avril 1883.