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OUVERTURES IMPORTANTES

avec le Roi et qu'il faut s'adresser directement à M. le duc de Parme et commencer à le persuader lui-même par des propositions qui lui soient d'un égal avantage à se départir du droit qu'il a acquis {VU* ledit traité de rentrer dans son État, moyennant une somme de seize cent mille écus payable en deux termes : auquel cas ledit duc y trouvant sa satisfaction, Sa Majesté donnera volontiers les mains à tout ce que la cour de Rome et lui conviendront ensemble, quoique contraire ou dérogeant au traité de Pi se en ce fait-là ; mais tant que M. de Parme voudra plutôt user de la faculté qui lui a été accordée de racheter son État qu'entendre à aucune ouverture d'accommodement, l'honneur de Sa Majesté l'oblige si fortement à l'appuyer et à le soutenir dans ce droit, que l'on peut dire que la concession de toutes les grâces qu'elle a jamais demandées à Rome quand on les joindroit toutes ensemble et que Sa Sainteté y en ajouteroitcent autres de la même nature, ne seroit pas capable d'ébranler le moins du monde Sadite Majesté, pour lui faire changer cette ferme résolution.

Ce n'est pas que si le pape, qui témoigne un si ardent désir de rétablir sa réputation qu'il croit avoir perdue au traité de Pise et qui en effet y a un si grand intérêt pour la gloire de son pontificat, étoit lui-même capable de faire non pas de ces sortes de grâces ordinaires qu'il est assez indifférent à Sa Majesté d'obtenir, mais de certaines grandes choses qui sont en son pouvoir dont cette couronne retirât quelque avantage fort extraordinaire, Sadite Majesté ne pût non seulement entendre à quelque accommodement de sa satisfaction sur l'affaire de Castro, mais s'employer conjointement et de concert avec elle pour y disp9ser M. le duc de Parme parce qu'en ce cas-là Sadite Majesté, pour ne rien faire contre son honneur, se résoudroit à accorder aussi de son côté (s'il en étoit besoin) de tels avantages audit sieur duc, outre ceux que Sa Sainteté lui auroit voulu faire, qu'il préféreroit, de son propre mouvement, ce parti-là à celui de rentrer dans son État.

Mais pour mettre les choses dans ce point-là, il est aisé à juger, comme il a été dit, qu'il faudroit iudispensablement que Sa Sainteté se voulût résoudre à faire pour cette couronne quelque chose de grand et de bien extraordinaire, et il n'en est tombé qu'une dans la pensée de Sa Majesté, capable de produire dans son esprit

Teffet que Ton prétend et qui non seulement dépend heureusement de la pure volonté de Sa Sainteté, mais est même fondée en toute justice.

Avant que la dire il est bon de faire remarquer audit sieur duc de Chaulnes qu'il semble que, par un effet particulier de la Providence divine, le pape ne soit point intervenu par la personne de ses ministres au traité des Pyrénées où se traita le mariage du Roi avec l'infante d'Espagne, parce que son intervention auroit en quelque manière autorisé et comme homologué l'injuste renonciation qu'on y extorqua de cette princesse à ia succession de tous les États de la couronne d'Espagne qui lui appartiendroit de droit par le décès du roi catholique, étant l'aînée de ses soeurs. Au lieu qu'aujourd'hui il se trouve que, comme le royaume de Naples est un fief de l'Église et que le pape n'a point autorisé ni donné aucun consentement à ladite renonciation à l'égard dudit royaume, sans lequel consentement néanmoins et approbation du seigneur souverain, ladite renonciation de ce seul chef-là (sans parler des autres) est incontestablement nulle et invalide, non seulement Sa Sainteté a les mains entièrement libres pour faire valoir le droit de la reine contre tous ceux qui le lui voudroient contester, mais, comme il a été dit, la justice veut que Sa Sainteté le fasse et qu'elle ne permette pas, autant qu'il dépendra , d'elle, qu'une princesse cadette supplante son aînée dans un droit avec lequel elle est née et qui lui est notoirement acquis par la teneur des investitures qu'a données le Saint-Siège qui appellent les mâles avant les filles et après eux celles-ci, selon le rang de leur primogéniture dans leur naissance \

Ce fondement présupposé, dont le pape disconviendra moins que personne parce qu'il conserve et établit la suprême autorité du Saint-Siège dans ce royaume-là, si Sa Sainteté, ne faisant en . cela que justice, mais que le roi recevra pour une grâce signalée, veut bien dès à présent, et en cas s'entend de la mort du roi catholique, faire investir le roi et la reine des royaumes des

i . Cette phase particulière des négociations relatives à la succession d'Espagne parait avoir échappé à M. Mignet. Elle n'eut d'ailleurs aucune suite, ce qui explique le silence de cet auteur. Elle n'en est pas moins digne d'attention. La souplesse de l'esprit de Lionne ne s'est jamais mieux manifestée que dans ce passage d'une instruction, intéressante, d'ailleurs, à tant d'autres titres.

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